Géoroute déboussole les facteurs

Un facteur qui demande trois fois son chemin pendant sa tournée. Cela peut paraître aberrant. C'est pourtant ce qui est arrivé à Robert (nom d'emprunt), employé dans un bureau de poste qui teste actuellement Géoroute. Géoroute est le logiciel canadien que La Poste a acheté afin de réorganiser les tournées des facteurs.

Sandrine Vandendooren
Géoroute déboussole les facteurs
©Bauweraerts

Un facteur qui demande trois fois son chemin pendant sa tournée. Cela peut paraître aberrant. C'est pourtant ce qui est arrivé à Robert (nom d'emprunt), employé dans un bureau de poste qui teste actuellement Géoroute. Géoroute est le logiciel canadien que La Poste a acheté afin de réorganiser les tournées des facteurs (12.000 par jour) en calculant l'itinéraire le plus efficient possible et ainsi permettre d'importants gains de productivité. Mais dans les faits, la réalité est toute autre. Le lancement de Géoroute, qui a commencé début septembre, provoque des problèmes dans la plupart des bureaux-pilotes. Les actions se sont multipliées ces dernières semaines. Les dirigeants de l'entreprise publique admettent les problèmes (lire ci-dessous). Face au regain de tension sociale, ils ont carrément suspendu l'expérience à Gerpinnes et Viroinval. À Gerpinnes, par exemple, le logiciel a calculé que la commune pouvait être desservie avec 15 tournées, au lieu de 18, auparavant. Cela suppose une préparation plus efficace des tournées. À cet effet, La Poste a investi dans des nouveaux casiers de tri (par rue) qui doivent permettre au facteur de gagner du temps.

Dans le cadre de Géoroute, de nouvelles normes de productivité (celles-ci n'avaient plus été modifiées depuis 1971) ont aussi été déterminées. Exemple: un facteur dispose de 7,44 secondes pour déposer une lettre dans une boîte. `Avec le nouveau système, je suis rentré de ma tournée vers 15h30 alors que normalement je la termine à 13h30´, raconte un facteur qui a tenu à se faire contrôler par un supérieur afin de lui montrer que son itinéraire était irréalisable. Les facteurs des bureaux concernés ont ainsi été nombreux à travailler 10 voire 11 heures par jour au lieu des 7h36 réglementaires.

Vélomoteurs inadaptés

À quoi est-ce dû?

`Dans certaines régions, le logiciel n'a pas été adapté à la réalité du terrain. Les géoanalystes de La Poste qui devaient entrer dans l'ordinateur toutes les données (état de la voirie, relief, type d'habitat, endroits traversés) n'ont pas alimenté correctement la machine´, explique Roland Herbiet, le responsable de la CSC (syndicat chrétien). C'est ainsi que l'on arrive à des aberrations: `À De Pinte (Flandre orientale), on s'est rendu compte qu'un quartier avait été oublié dans la nouvelle organisation des tournées´, raconte Jan Eyndels, le président du SLFP (syndicat libéral).

La mise en place de Géoroute ne fait pas non plus le bonheur des clients: `Dans une même rue, certains habitants reçoivent maintenant leur courrier à 10h et d'autres à 13h´, précise Jean-Claude Balland de la CGSP (syndicat socialiste).

La réorganisation des tournées va aussi de pair avec l'instauration de nouveaux moyens de locomotion. C'est ainsi que le facteur reçoit un vélo pour un parcours de 20 km, un vélomoteur pour les distances de 20 à 40 km et une voiture pour les déplacements de plus de 40 km. Le hic c'est que les vélomoteurs commandés (du temps encore de Frans Rombouts) par La Poste ne sont pas adaptés aux spécificités régionales, notamment dans le sud du pays. Une étude a clairement démontré que la puissance des vélomoteurs était insuffisante dans certaines côtes et pour certaines charges (35 kilos en moyenne)

Géoroute ne fait pas que des mécontents. Dans certains bureaux, le système fonctionne. Mais, soulignent en choeur les trois représentants syndicaux, c'est parce que les effectifs y ont été renforcés. Ce qui n'est pas le but de Géoroute, qui doit à terme entraîner une réduction du nombre de facteurs (on parle de 2500 équivalents temps pleins).

Les syndicats demandent à La Poste de revoir son fusil d'épaule en apportant des solutions `socialement acceptables´ aux problèmes. Ils espèrent avoir des propositions de la direction, ce vendredi, en Commission paritaire.

© La Libre Belgique 2002