Un rapport accablant pour Swissair

Un peu plus d’un an après la faillite de la Sabena, une commission d’enquête du Parlement a rendu public jeudi un rapport accablant sur la responsabilité de Swissair dans la disparition de la compagnie belge, «vieille dame » du ciel européen.Lisez notre éditorial

Un rapport accablant pour Swissair
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AFP

Un peu plus d’un an après la faillite de la Sabena, une commission d’enquête du Parlement a rendu public jeudi un rapport accablant sur la responsabilité de Swissair dans la disparition de la compagnie belge, «vieille dame » du ciel européen.

Selon cette commission, «la première cause de la faillite de la Sabena » est l’attitude du groupe Swissair, qui n’a «pas respecté ses engagements » vis-à-vis de sa filiale belge, dont il détenait 49,5% des parts (contre 50,5% pour l’Etat belge).

Swissair a notamment exercé une «forte pression » pour que la Sabena passe des commandes importantes d’Airbus, qui dépassaient ses propres besoins, mais «l’actionnaire suisse n’a pas respecté ses promesses de financement », ont accusé les parlementaires dans leur rapport.

Le PDG de la Sabena, le Suisse Paul Reutlinger, a «enfreint de manière flagrante le principe de neutralité » auquel il était tenu en privilégiant le groupe suisse, ont-ils estimé.

En outre, il n’a «toléré aucune critique de la part des cadres compétents au sujet de certaines actions des filiales de Swissair préjudiciables à la Sabena », selon leur rapport.

Sévèrement mis en cause, les responsables de la compagnie helvétique ne sont néanmoins pas les seuls à être épinglés par le document de plus de 300 pages, établi après plus d’un an de travaux.

Parmi les autres facteurs qui ont conduit la Sabena à la faillite, les parlementaires belges ont stigmatisé une «culture d’entreprise publique », un «processus décisionnel trop lent », une «productivité trop faible » ainsi qu’une «structure de coûts trop élevée ».

Leur rapport rappelle aussi qu’aucune autre compagnie aérienne se se pressait pour s’associer à la Sabena.

La gestion des autorités belges est également mise en cause pour son «manque de cohérence », les gouvernements adoptant des «politiques variables » au fil du temps. Quant au conseil d’administration de la Sabena, il s’est avéré «passif », notamment au moment des achats d’Airbus.

«La justice aura le dernier mot », a déclaré au sujet de ces commandes le président de la commission d’enquête parlementaire belge, le député social-chrétien (opposition) Raymond Langendries, lors d’une conférence de presse jeudi.

Il a souligné que le juge d’instruction bruxellois Jean-Claude Van Espen était actuellement en commission rogatoire en Suisse, à la suite d’une plainte déposée par d’anciens employés de la Sabena contre Swissair.

M. Langendries a par ailleurs regretté les «fortes pressions » exercées sur les membres de la commission afin que leur rapport, à trois mois des élections législatives, évite de mettre en cause des responsables politiques dans la faillite la plus retentissante de l’histoire de la Belgique.

Le rapport souligne en particulier les difficultés rencontrées par les parlementaires pour accéder aux archives du Premier ministre belge Guy Verhofstadt.

Les membres de la commission «déplorent » en outre les «initiatives inacceptables » du ministre des Participations publiques, Rik Daems, lui reprochant notamment d’avoir dépensé plus de 150.000 euros pour qu’un bureau d’avocat l’aide à préparer ses auditions devant la commission.

Jusqu’à sa liquidation en novembre 2001, la Sabena faisait la fierté des Belges, bien qu’elle n’ait pratiquement jamais réussi à dégager de bénéfices en 75 années d’existence qui avaient fait d’elle la doyenne des compagnies aériennes européennes.

La Chambre des députés belge doit débattre et voter sur le rapport de la commission Sabena mercredi et jeudi prochains.

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