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Au commencement, il y avait le journal intime, instrument fort pratique, puisqu'il permettait à tout un chacun de s'adonner à la contemplation de son propre nombril. Puis, la technologie évoluant, on inventa le blog, qui permit aux internautes de pulvériser les limites du quart d'heure warholien en exposant leurs nombrils à la Terre entière

vincent.braun@saipm.com
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©Illu Gaëlle Grisard

ÉCLAIRAGE

A u commencement, il y avait le journal intime, instrument fort pratique, puisqu'il permettait à tout un chacun de s'adonner à la contemplation de son propre nombril. Puis, la technologie évoluant, on inventa le blog, qui permit aux internautes de pulvériser les limites du quart d'heure warholien en exposant leurs nombrils à la Terre entière, au jour le jour, pendant des semaines, des mois... des années?». Ce commentaire pour le moins caustique trouvé en tête d'un forum sur Internet porte une charge plus que décidée contre le phénomène du «blog» (contraction de «weblog»), ce genre de carnets de bords virtuels souvent assimilés à des journaux intimes sur Internet, qui ont conquis le réseau mondial en quelques années seulement. Mais qu'en aurait-il été si son auteur avait, dans sa critiques, pris en compte l'existence de leurs variantes - et néanmoins prolongements - photographiques?

Depuis quelque temps, le Web est le théâtre d'un nouveau boom. Les «photoblogs», ces carnets de route virtuel composés exclusivement de photos, en tout cas où elles jouent les premiers rôles, se répandent à une vitesse qui n'a rien à envier aux meilleurs obturateurs électroniques. Mais si dans le «blogue» (à ne pas confondre avec le bogue) l'écriture permet à chacun peut s'improviser journaliste, chroniqueur ou simplement diariste et distiller ses réflexions, articles et autres récits, les propriétaires des photoblogues s'expriment quant à eux en images, généralement prises par eux.

C'est grâce à elles que ces «photodiaristes» dépeignent le monde qui les entourent, donnent leur vision des choses, racontent des histoires ou simplement se donnent rendez-vous. Car le principe est immuable: la photo, pas forcément intime, est publiée chaque jour ou du moins régulièrement, de sorte à installer une relation sinon intime, épisodique, et que le passant virtuel devienne un habitué du lieu.

Les photoblogues peuvent prendre différentes formes: du type album de famille (ou d'amis), parfois agrémenté d'un récit où certains mots sont autant de liens vers les images, à celui d'exposition d'art. «Tout photoblog, néanmoins, considère les photos comme une part importante de leur structure chronologique», peut-on lire sur «photoblogs.org».

Il y a le carnet intime qui s'affiche, comme sur la page d'accueil du photoblogue «Only a picture stops time» (seulement une image arrête le temps), où la photoblogueuse propose une image par semaine depuis fin 2002 (des archives permettent de remonter le temps). Il peut s'agir aussi d'une sorte de tribune: sur le tout simple «15h51», une nouvelle image apparaît chaque jour à cette heure précise. Pour un moment unique: le portrait, qui change chaque jour, n'est affiché que durant une minute. Avec cette particularité que chacun peut devenir le photodiariste du jour puisque les photos publiées sont celles envoyées par les internautes.

Il y a aussi la vitrine, comme celle qu'installe ce photographe de presse tchèque indépendant sur son photoblogue «35 mm on the safe side», qui publie une de ses images par jour, certaines étant prises sur base journalière, d'autres pas. Certains s'en servent même comme d'un véritable miroir. Sur son site «09h09», le photodiariste publie chaque jour un autoportrait là où il se trouve et en compagnie des gens qu'il rencontre à cette heure-là. Histoire de conjurer le sort et prévenir une quelconque forme de routine, de train-train?

Il faut dire qu'avec les appareils photonumériques et la démocratisation croissante des moyens d'édition, se constituer un photoblogue devient presque enfantin. D'autant que, à l'instar de leurs homologues écrits, les photoblogueurs peuvent compter sur des logiciels facilitant la mise en ligne de leurs photos (ce sont généralement les mêmes). Ces programmes d'édition «presse-bouton» permettent d'éditer et d'actualiser quelques pages web beaucoup plus simplement qu'en créant un site à part entière. Une infrastructure légère qui fait d'ailleurs la spécificité du blogue.

Webhttp://www.1551.net

Webhttp://www.ctech.ca/strawberry/

Webhttp://www.09h09.9online.fr

Webhttp://www.wolagiewicz.com/35/

Webhttp://www.photoblogs.org

© La Libre Belgique 2003