Des pistes pour l'emploi

Le chômage augmente mais, dans certains secteurs, le nombre de vacances d'emploi grimpe sans que l'offre ne rencontre toujours la demande. Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Edito de la Libre Entreprise: Libéralisation à petits pas

PAR CARLINE TAYMANS
Des pistes pour l'emploi
©Johanna De Tessieres

ANALYSE

Comme la rentrée, le marché de l'emploi a ses bons et ses mauvais côtés, ses indices de retour aux éternelles routines, comme ses parfums de regain vivifiant. Dans le genre pessimiste, on retrouve, cette année, l'augmentation du chômage et l'attente languissante d'une reprise économique globale, intimement liées. Du côté des nouvelles plus enthousiasmantes, plusieurs études réalisées par des observateurs de premier plan tendent à prouver que, dans un tel contexte, des pistes de désengorgement se dégagent au point que dans certains secteurs d'activité, ainsi que pour certains postes, les offres d'emploi dépassent de loin les demandes.

«Pour le deuxième mois consécutif, l'indice mensuel global d'activité dans le secteur de l'intérim a évolué dans le sens positif au mois de juillet, ce qui indique une reprise», commente Frédéric Druck, directeur des relations publiques de la Fédération de partenaires de l'emploi Federgon. Certes, cet indice est calculé sur base du nombre d'heures prestées en intérim pendant le mois concerné par rapport au mois précédent mais, de par leur rôle de plus en plus actif en matière de recrutement pour le compte d'entreprises tierces, les agences intérimaires suivent de très près les évolutions du marché et leurs constats annoncent souvent des tendances vérifiées par la suite dans le marché du travail de longue durée.

Ainsi, l'enquête trimestrielle réalisée à l'échelle mondiale par Manpower révèle la tendance générale des différentes régions du monde en matière de recrutement à très court terme (dans les trois mois qui suivent), ainsi que les perspectives d'emploi dans les différents secteurs d'activité. Or, la dernière édition belge de ces observations (la publication des prochains résultas est prévue pour le 16 septembre) épinglait quatre secteurs particulièrement favorables à l'emploi: la production et distribution d'électricité, de gaz et d'eau, l'industrie manufacturière, les industries extractives et le commerce de gros et de détail, couplé, dans le cadre de l'étude, à l'horeca. Dans les quatre cas, les prévisions nettes d'emploi (résultat de la soustraction entre le pourcentage d'employeurs anticipant une augmentation de l'emploi total dans leur entreprise et le pourcentage de ceux anticipant une diminution) étaient positives dans 10 des 11 pays européens observés (9 en ce qui concerne le commerce de gros et de détail et l'horeca), la grande exception étant l'Allemagne (et l'Autriche dans ce dernier cas), ce qui n'était pas, du reste, sans signification au point de vue de la conjoncture germanique.

En ce qui concerne la Belgique en tout cas, au terme de la période anticipée dans l'étude de Manpower, Federgon confirme, sans pourtant avancer de chiffres précis, qu'une augmentation du recrutement notable s'est produite dans les secteurs de l'alimentation - et, d'ailleurs, du transport, voir ci-dessous -, mais la fédération oppose cette tendance positive à un immobilisme tout relatif constaté dans les secteurs de la chimie et du métal, appartenant pourtant à des secteurs qui s'étaient révélés prometteurs.

Sans doute ces dissonances trouvent-elles en partie leur explication dans le fait que l'étude concernait les perspectives d'emploi, tandis que les conclusions en fin de période se basent sur des constats d'engagement. Entre les deux, reste toute la problématique du remplissage des postes vacants, qui se révèle souvent très ardu. A ce propos, l'Orbem, qui constate par ailleurs une augmentation du nombre de demandeurs d'emploi, a dressé une liste de fonctions qualifiées de critiques, en ce sens qu'elles ont une durée d'ouverture plus longue et un taux de satisfaction inférieur que l'ensemble des offres reçues, et le plus souvent depuis quelques années. En tout, 78 professions constituent pour le moment la liste damnée et, dans la plupart des cas, les trois Régions du pays partagent les mêmes préoccupations à leur propos. Loin de se limiter au simple constat, l'Observatoire de l'Orbem énonce plusieurs causes possibles à cette situation et, dans la foulée, quelques ébauches de solutions corollaires.

Car le problème n'est pas toujours d'ordre quantitatif. Dans les cas où les candidatures affluent en nombre suffisant, elles souffrent souvent de lacunes qualitatives, comme l'absence d'un diplôme d'études supérieures ou la connaissance insuffisante de langues étrangères à commencer par l'autre langue nationale. En outre, constate l'Orbem, les candidats reculent souvent devant des conditions de travail qu'ils jugent désagréables tant au point de vue de l'horaire que, surtout, de l'environnement. Le commerce de distribution pâtit du premier et l'industrie extractive, plutôt du second. Le commerce de distribution, pourtant, tient pour le moment ses promesses de recrutement tandis que l'industrie extractive semble éprouver plus de difficultés, alors que la demande est aussi importante pour l'un que pour l'autre. L'indication d'un vrai changement de mentalité du travailleur, toujours plus attaché à sa qualité de vie? La preuve que les entreprises demandeuses de main-d'oeuvre nouvelle n'offrent pas encore de compensations adaptées (financières ou formatives) à la réserve de personnel disponible? Ou l'indication d'un malaise plus grand, qui ne cesse de s'aggraver?

© La Libre Belgique 2003


Merci la libéralisation La libéralisation du marché de l'énergie en Belgique n'a pas du bon que pour le consommateur (du moins en théorie !). Il a aussi des effets positifs sur le marché de l'emploi. Tous les «outsiders» bien décidés à bousculer la position monopolistique d'un Electrabel ou d'un Distrigaz, ont dû constituer des équipes, certes petites. Avec des engagements à l'appui. Les grands acteurs ont aussi été touchés par le phénomène. Prenons une entreprise comme Electrabel. Au cours de ces dernières années, la société s'est lancée dans un programme de recrutement de cadres. «Avec la libéralisation, on a eu besoin de pas mal de profils nouveaux», explique le porte-parole Fernand Grifnée. Le producteur belge a ainsi dû trouver des spécialistes en trading, marketing ou encore finance. De 1999 à 2003, ce sont de 20 à plus de 100 cadres qui ont été engagés par an. Même si Electrabel n'a pas fait «son plein de cadres», il a comblé l'essentiel des lacunes. Sur les plus de 11000 personnes employées en Belgique, il avait fin 2002 plus de 2000 cadres. Le groupe met maintenant l'accent sur la mobilité interne. Toutes les offres de postes en Belgique se font d'abord en interne, notamment via l'intranet, souligne le rapport annuel. La dimension européenne de l'entreprise permet aussi d'envisager une mobilité internationale. © La Libre Belgique 2003