L'OMC, un mal nécessaire

Fustigées par les altermondialistes et les ONG, les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) évitent, d'après le professeur Damien Géradin, aux matières premières du sud de subir la loi de la jungle. Edito de La Libre Entreprise: Champions les Belges, mais...

PAR PHILIPPE LAWSON
L'OMC, un mal nécessaire
©Johanna de Tessieres

ANALYSE

Grande messe où différentes perspectives s'affronteront du 10 au 14 septembre à Cancun (Mexique), la cinquième conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sera, de près ou de loin, âprement suivie. Et pour cause. Des enjeux cruciaux - liés au commerce notamment des matières premières (principalement des produits agricoles) entre des pays du sud et leurs partenaires du nord - seront négociés lors de la rencontre. Créée en 1994 - et mise en oeuvre dès 1995 - sur les centres du Gatt (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce initial) de 1947, l'OMC (142 pays membres) n'a jamais fait l'unanimité. «Nous sommes contre l'OMC au point de demander sa suppression. Sa logique est de donner la priorité au marché, aux finances et au droit des affaires au détriment du développement, des biens publics et de la liberté. Par ailleurs ses règles ne favorisent guère la détermination d'un prix juste pour les matières premières, ce qui crée un déficit commercial pour les Pays en voie de développement (PVD) qui manquent ainsi de moyens pour alléger leur endettement», critique Denise Coumanne, permanente au Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde (CADTM). Parmi les matières premières figurent notamment les produits agricoles, principales sources de revenus pour les producteurs des PVD. Le café, le cacao et le coton (lire ci-contre les cas de ces trois produits) n'échappent pas aux règles édictées par l'OMC et qui sont censées garantir aux produits agricoles du Sud un accès équitable au grand marché mondial: libre échange, saine concurrence, clause de la nation la plus favorisée (accorder les mêmes facilités à tous les pays membres de l'OMC), etc.

Mais très vite, les partenaires du Sud ont dû déchanter devant les tarifs douaniers imposés pour l'entrée des produits sur le marché mondial. Sans oublier les subventions directes et indirectes accordées par les pays développés à leurs producteurs agricoles entraînant une baisse des prix du marché que les producteurs du sud ne peuvent supporter. En guise d'exemple, pendant que les subventions laitières de l'Europe affichent 913 dollars par vache et par an, l'aide de l'Union européenne à l'Afrique subsaharienne est de 8 dollars par habitant. La même comparaison mettant en face le Japon et l'Afrique subsaharienne affiche un tableau de 2700 dollars (par vache) pour 1,47 dollar (par habitant). Pendant que les USA allouent 10,7 millions de dollars par jour à ses producteurs de coton, ils réservent quotidiennement seulement 3,1 millions de dollars pour l'Afrique subsaharienne.

Par ailleurs, «les quotas d'importation et les droits de douane notamment sur des produits comme le riz, le sucre et les bananes sont autant de mesures protectionnistes que les pays du nord ont prises pour protéger leurs producteurs», dénonce Arnaud Zacharie, directeur de recherche au Centre national de coopération au développement (CNCD) et porte-parole d'Attac-Belgique. Il relève, en passant le cas d'école que constitue la problématique du coton (lire ci-contre). «Il faut changer les règles de l'OMC pour mieux appuyer les exploitations familiales en Afrique. Il est essentiel que les Etats africains puissent protéger leur agriculture et leurs agriculteurs. Cette protection est aujourd'hui impossible, puisque contraire aux règles qu'imposent l'OMC, mais aussi le Fonds monétaire international, l'Union européenne, la Banque mondiale, etc.

Les pays sous-développés doivent être en mesure de mettre en place des instruments de protection (tarifs douaniers, mécanisme de stabilisation des prix en interne et de régulation de l'offre) pour se protéger du tout libéral», prône SOS-Faim.

Quoique critiquées par les Organisations non gouvernementales (ONG) et les altermondialistes, les règles de l'OMC sont jugées nécessaires par certains observateurs. «C'est la seule organisation internationale qui a bien réussi son travail malgré ses imperfections», commente Damien Géradin, professeur à l'Université de Liège et au Collège d'Europe.

Pour le professeur Géradin, les altermondialistes ont une mauvaise perception des règles de l'institution internationale. «S'il n'y avait pas l'OMC, ce serait la loi de la jungle qui serait en vigueur sur le marché mondial et pénaliserait fortement les Pays en voie de développement (PVD). Les altermondialistes disent que les règles de l'OMC favorisent les PVD, détruisent l'environnement et appauvrissent les producteurs du sud. Mais un très grand nombre des pays en voie de développement est membres de l'OMC et souhaite une grande libéralisation du commerce international avec des règles strictes notamment dans le secteur agricole», dit celui qui donne le cours du droit de la concurrence.

Il note que les règles de l'OMC ont donné lieu à de grandes réformes dans les PVD notamment dans le secteur de la télécommunication où les performances ont été améliorées. Par ailleurs, il pense que ces règles éviteront autant que possible aux produits du sud de subir la loi du rejet dont ils sont victimes sous prétexte qu'ils n'offrent pas de garantie sanitaire. «La clause de la nation la plus favorisée leur permet de jouir des privilèges que les pays occidentaux accordent à certains pays comme les USA», poursuit M. Géradin.

Malgré ses aspects relativement positifs, il n'en demeure pas moins vrai que les pays développés membres de l'OMC font la sourde oreille aux revendications de leurs partenaires du sud: évaluation de l'impact de l'accord agricole, assistance technique. «On fait plutôt un forcing pour leur imposer la libéralisation des services et on leur discute la protection de leur marché contre les importations de produits stratégiques», conclut un observateur.

© La Libre Belgique 2003

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