Régulation, diversification, le credo d'Oxfam

PAR ANNE MASSET

ENTRETIEN

Denis Lambert est secrétaire général des Magasins du Monde-Oxfam qui tente de faire entendre la voix des petits producteurs du Sud, notamment de café et de cacao, par le biais du commerce équitable.

Quels sont les problèmes auxquels sont confrontés les pays exportateurs de café?

Le café est de nouveau à son prix le plus bas. On doit être à environ 55 cents la livre. Or on estime les coûts de production à 80, 90 cents et le minimum vital pour les producteurs tourne autour du dollar. Dans ce contexte, le commerce équitable assure aux producteurs 126 cents plus préfinancement.

La situation est absolument catastrophique. Avec une surproduction structurelle et une absence, aujourd'hui, de mécanisme de concertation entre pays producteurs et pays consommateurs pour une quelconque régulation. C'est le libre échangisme total avec un relatif désintérêt des pays du Nord car ils ne sont pas eux-mêmes producteurs de café, au contraire de la banane et du coton pour lesquels il faut alors faire face au dumping sur les prix.

Les seules solutions structurelles sont de l'ordre de la diversification. Pour aller en ce sens, il faudrait que l'organisation mondiale du commerce (OMC) traite différemment les questions agricoles et notamment de souveraineté alimentaire. Au niveau de l'Europe, malgré que l'on ait essayé que l'Union prenne des initiatives, il y a seulement une déclaration générale selon laquelle les entreprises multinationales actives dans le secteur devraient adopter en la matière des attitudes de bonne conduite. Autant dire rien.

Enfin, selon certains calculs macroéconomiques, la baisse du prix du café coûte par an à l'Afrique trois fois le montant de l'aide internationale pour le sida...

Et pour le cacao?

La problématique n'est pas exactement identique. Ici, on constate une spéculation à la hausse d'un nouvel acteur britannique et il y a les problèmes politiques que connaît la Côte d'Ivoire, le premier pays producteur. Il faut aussi compter maintenant avec la fameuse directive européenne qui vient de rentrer en vigueur, autorisant l'utilisation, à hauteur de 5 pc, de matières grasses autres que le beurre de cacao. On va voir les dégâts qu'elle entraîne pour les pays du Sud. On nous avait dit que cela allait tourner à l'avantage des producteurs de beurre de karité, et surtout du Burkina Faso et du Mali. Or il y a actuellement une crise dans ce secteur-là aussi et on ne note pas d'élargissements des débouchés pour l'instant. Bref, cacao, café et coton: l'Afrique de l'Ouest est particulièrement touchée.

Que pensez-vous de la politique de l'OMC?

Il faudrait plutôt prôner des méthodes de régulation et des stratégies d'investissement massif dans le soutien aux marchés locaux et aux possibilités de diversification. Ce qui ramène la question de la souveraineté alimentaire, de l'autorisation de protection des marchés, du dumping sur l'aide alimentaire. Car c'est bien ça l'enjeu, préserver le droit des paysans de produire et de vendre ensuite leurs produits dans leur propre région.

Vous parlez de méthodes de régulation. Mais mises en place par qui?

Il y avait auparavant régulation entre pays producteurs et consommateurs via l'Organisation internationale du café et son équivalent au niveau du cacao. Actuellement, on n'utilise même plus politiquement ces lieux de discussion pour tenter de résoudre la crise. Ceci dit, la crise est bien trop profonde pour se contenter de mécanismes de régulations internes et cela renvoie donc, une fois de plus, à la question agricole plus globale.

Qu'est-ce que vous attendez de la conférence de Cancun?

Qu'elle se plante.

© La Libre Belgique 2003