Colt veut titiller Belgacom sur le marché des PME

Contrairement à ce qui se passe au niveau résidentiel, la téléphonie à destination des grandes entreprises est depuis longtemps marquée par une rude concurrence, y compris en Belgique. Belgacom doit y faire face à des opérateurs internationaux comme Infonet, Equant, BT ou WorldCom (récemment rebaptisé MCI), qui lui prennent tous d'importantes parts de marché, particulièrement auprès des multinationales disposant d'un siège dans notre pays.

Au niveau des PME par contre, la domination de Belgacom reste confortable. Mais pour combien de temps encore? Patrick Blockx, le nouveau patron de Colt Telecom Belgique, qui est aussi un ancien militaire de carrière, compte en tout cas intensifier ses attaques contre l'opérateur historique dans ce domaine.

SDSL ET BOUCLE LOCALE

Cette offensive vers les PME, du moins celles qui ont une facture télécoms mensuelle d'au moins 1.000 euros, passe par la technologie SDSL (symmetric digital subscriber line). Contrairement à l'ADSL, où le téléchargement est plus rapide que l'envoi de données, celle-ci offre une connexion symétrique et garantit un certain niveau de bande passante. Autrement dit, elle convient beaucoup mieux que l'ADSL aux applications d'entreprise.

Pour parvenir à offrir des services SDSL, Colt Telecom a profité du dégroupage de la boucle locale, une mesure qui depuis 2001 permet en théorie à tous les opérateurs alternatifs d'avoir accès à l'ensemble du réseau de Belgacom et donc aussi d'installer du matériel dans les centraux locaux de l'opérateur historique.

CONCURRENTS DISPARUS

Au début, ce dégroupage ne s'est pas passé sans heurts, Colt Telecom allant jusqu'à s'associer à Versatel pour poursuivre Belgacom en justice, mais les choses se sont aplanies depuis lors. Actuellement, Colt est ainsi présent dans 37 des quelque 600 centraux locaux de Belgacom, ce qui lui permet de couvrir les régions de Bruxelles, Anvers, Gand et Courtrai. Potentiellement, Colt pourrait connecter actuellement quelque 3.800 des 13.000 PME belges qui constituent son coeur de cible. Sur ces 3.800, 1.000 sont aujourd'hui effectivement devenues des clientes.

Pour Patrick Blockx, «c'est une belle performance en seulement un an et demi». Et il précise que Colt a essentiellement pris ces entreprises à Belgacom puisque sur ce segment-là, tous les autres acteurs ont disparu. «Au début, Versatel et KPN Belgique s'étaient positionnés comme nous pour profiter du dégroupage de la boucle locale mais Versatel a eu de gros problèmes financiers et s'est tourné vers des entreprises de plus grande taille, tandis que KPN Belgique a été repris par Scarlet, qui semble avant tout intéressé par le marché résidentiel», explique-t-il.

COUVERTURE NATIONALE

Patrick Blockx quant à lui est bien décidé à s'attaquer à ce qu'il appelle «la montagne Belgacom». D'ici le premier trimestre 2004, son objectif est ainsi de passer à une couverture quasiment nationale pour son service SDSL et de couvrir 90 pc des PME qu'il estime intéressantes pour ce business.

Pour ce faire, Colt va bien sûr intensifier sa présence dans les centraux locaux de Belgacom mais l'opérateur va également étendre son réseau de fibre optique, notamment en Wallonie, grâce à des échanges avec Scarlet ou Versatel. «Ce n'est pas une alliance des opérateurs alternatifs contre Belgacom mais une approche concertée pour éviter un surinvestissement des différents acteurs du marché», dit-il.

Et le patron de Colt Belgique de rappeler que sa société, dont le chiffre d'affaires en 2002 était de 60 millions d'euros, a investi près de 140 millions d'euros dans son réseau depuis son arrivée sur le marché belge en 1998. «Je crois que c'est une bonne chose pour les consommateurs que nous soyions là parce que nous essayons de tirer la qualité du service vers le haut, y compris pour les PME, même si dans ce domaine nous sommes toujours en-dessous du pour cent de part de marché», explique Patrick Blockx. «Le pas que nous allons faire début 2004 va certainement nous positionner différemment sur ce marché même si évidemment, je m'attends à l'une ou l'autre réaction de Belgacom».

© La Libre Belgique 2003

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