Une seconde vie à l'UWE

Henri Mestdagh deviendra, mercredi, le nouveau président de l'Union wallonne des entreprises. Agé de 63 ans, ce distributeur carolo ne songe pas encore à sa retraite et promet d'être très actif à la fédération

Une seconde vie à l'UWE
©Johanna de Tessieres
PAR SANDRINE VANDENDOOREN

RENCONTRE

C'est une seconde jeunesse que s'apprête à vivre Henri Mestdagh. A 63 ans, ce Carolorégien, qui déborde d'énergie, deviendra officiellement, mercredi, le nouveau président de l'UWE (Union Wallonne des entreprises). Il succédera ainsi, pour une période de trois ans, à Jean-Jacques Verdickt (Fortis Banque). Ce mandat tombe à pic pour celui qui a dirigé pendant 32 ans la société familiale de distribution du même nom (61 supermarchés à l'enseigne Champion en Belgique).

«Je ne crois pas que j'ai 63 mais 50 ans. Je ne vois vraiment pas pourquoi je m'arrêterais de travailler», affirme-t-il.

Depuis le début de l'année 2002, Henri Mestdagh a, en effet, passé le flambeau à son fils aîné Eric. Il est resté le président du conseil d'administration de la société de distribution et s'occupe encore des autres actifs du groupe familial (diverses sociétés immobilières, financières et des participations dans la restauration et la distribution en Belgique et à l'étranger) mais toutes ces activités ne l'occupent plus qu'à mi-temps. «J'ai eu la chance d'avoir une vie bien remplie. Je trouve dès lors qu'il faut préparer sa retraite sans quoi la cassure est trop brutale. La présidence de l'UWE arrive donc à un bon moment», sourit le sexagénaire.

Une fois n'est pas coutume, le nouveau président de l'UWE compte consacrer, promet-il, la moitié de son temps professionnel à cette fonction alors que généralement les patrons qui président l'organisation sont très accaparés par leurs responsabilités à la tête de leur propre entreprise.

Aîné de la 3e génération de Mestdagh, Henri est devenu administrateur délégué de la société familiale à l'âge de 29 ans. «Nous avons eu, mes frères et moi, une chance exceptionnelle. En 1957, mon père a créé le premier magasin en libre-service de la région de Charleroi. Mes deux frères et moi sommes arrivés dans l'entreprise familiale à un moment où toute l'activité de distributeur changeait et où les possibilités d'expansion étaient extraordinaires», se souvient l'entrepreneur.

Titulaire d'un diplôme d'ingénieur commercial, Henri Mestdagh a toujours été actif en dehors, également, du groupe familial. «J'ai toujours considéré que je n'étais pas un génie, qu'il valait mieux voir ce qui se passait ailleurs et essayer de l'adapter. C'est finalement à l'extérieur que l'on prend de bonnes idées et que l'on découvre des nouveautés». De 1986 à 1992, il a occupé la présidence de la Chambre de commerce et d'industrie de Charleroi. Une fonction qu'il a cumulée un temps (de 1990 à 1993) avec celle de la présidence de la Fedis (Fédération belge des entreprises de distribution).Il a aussi oeuvré au sein du Comité international des entreprises de succursales et préside toujours aujourd'hui le projet des Mini-entreprises (un concours qui met les élèves du secondaire dans une situation de chef d'entreprise). Il occupe encore divers mandats d'administrateur, notamment au sein de la société qui gère l'aéroport de Charleroi (BSCA).

Mais entre M. Mestdagh et l'Union wallonne des entreprises, c'est une plus longue histoire encore. «J'ai fait partie des membres fondateurs, j'ai été le président fondateur de la section de Charleroi et j'ai occupé la vice-présidence de l'organisation entre 1983 et 1987».

A présent, le nouveau patron des patrons wallons ne compte pas révolutionner l'UWE. Au contraire. «Mes trois prédécesseurs ont tout dit. Je ne peux que continuer à oeuvrer dans ce sens-là. Les grands thèmes restent les mêmes: la recherche et le développement, les exportations, la simplification administrative, la réduction des charges, etc». Toutefois, ajoute-t-il, «même si on a fait des progrès dans ces domaines-là, il reste encore pas mal de chemin à accomplir».

Henri Mestdagh estime qu'il faut valoriser davantage l'esprit d'entreprise dans le sud du pays et ce, «dans tous les domaines, sportifs et culturels également». Et pour cause, argumente-t-il: «il y aura de moins en moins de créations et d'implantations de grandes entreprises dans nos régions. Il faut dire aux jeunes qu'ils doivent créer leur propre emploi».

Pour susciter des vocations d'entrepreneur, l'homme entend prendre davantage la température du terrain et se faire le porte-parole des attentes et des préoccupations des PME.

Le nouveau président arrive à la tête de l'UWE à un moment où le climat économique est meilleur dans le sud du pays. «Depuis un certain nombre d'années, les Wallons ont pris conscience que les maux dont ils étaient soi-disant accablés venaient en partie d'eux-mêmes. Cette prise de conscience s'est faite à différents niveaux, notamment au niveau de l'UWE, où on était seulement 15 aux assemblées générales, il y a 20 ans».

Outre le changement de mentalité, l'entrepreneur note aussi des signes positifs en provenance du gouvernement wallon comme, cite-t-il, le Contrat d'avenir, le programme «4x4 pour entreprendre» ou encore la Soirée des Talents. «Je crois que c'est la première fois que l'on récompense des gens qui sortent de la moyenne».

Fervent défenseur des entreprises familiales, M. Mestdagh n'en garde pas moins le sens des réalités.

Il y a 10 ans, sa société a conclu une alliance avec Promodès (aujourd'hui Carrefour) au terme de laquelle le groupe français a pris une participation de 25 pc dans le capital de la société de distribution carolorégienne. En échange, celle-ci a reçu les droits exclusifs pour exploiter l'enseigne Champion en Belgique. «Nous avions réalisé, à l'époque, que la puissance des grands groupes de distribution était telle que, sans établir des partenariats, nous disparaîtrions de la carte. Nous avons fait le choix de privilégier l'avenir de l'entreprise».

© La Libre Belgique 2003


ÉTATS D'ÂME Vous êtes une personnalité en vue dans la région carolorégienne. Vous n'avez jamais été tenté pas la politique? Non. Je crois davantage dans les hommes que dans les partis. Je n'ai jamais d'ailleurs été approché par aucun parti. Je ne suis pas assez diplomate pour cela. J'aime dire ce que je pense. Quels sont vos hobbies? J'aime la montagne pour le ski notamment. Je joue au tennis à Profondeville, où je passe mes week-ends. Je nage tous les jours mais ma vraie passion, c'est le travail; cela m'amuse. Que pensez-vous de la guerre des prix relancée par l'arrivée de Carrefour? Est-elle plus vive que les précédentes qui ont sévi dans la grande distribution? Le marché belge est très concurrentiel, vu le nombre d'enseignes. C'est l'un des pays les plus ouverts aux intervenants étrangers. Le prix est effectivement devenu plus décisif dans la décision du consommateur qu'il y a quelques années. C'est dû au climat économique, entre autre. © La Libre Belgique 2003