Volvo Gand garde les pieds sur terre

La situation n'est pas courante: posséder, sur un même (petit) territoire deux chaînes de montage automobiles appartenant, en fin de compte, au même groupe - Volvo et Ford, en l'occurrence - tient déjà de la prouesse. Y entendre, à quelques semaines de distance, l'annonce d'un investissement massif, pour la première marque, et celle, chez l'autre, du licenciement de 3000 personnes pour cause, justement, de retrait d'investissement, a des relents d'invraisemblance.

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© BELGA
Carline Taymans

La situation n'est pas courante: posséder, sur un même (petit) territoire deux chaînes de montage automobiles appartenant, en fin de compte, au même groupe - Volvo et Ford, en l'occurrence - tient déjà de la prouesse. Y entendre, à quelques semaines de distance, l'annonce d'un investissement massif, pour la première marque, et celle, chez l'autre, du licenciement de 3000 personnes pour cause, justement, de retrait d'investissement, a des relents d'invraisemblance. Une certaine logique voudrait, en effet, qu'une décision au sommet du groupe ordonne la résorption des problèmes de l'un par l'assistance de l'autre mais, dans les faits, les choses ne sont pas si simples...

Non seulement la politique du groupe Ford Motor Company est-elle d'accorder à chacune de ses 8 marques (Ford, Lincoln, Mercury, Mazda, Volvo, Jaguar, Land Rover et Aston Martin) une gestion indépendante, mais, en outre, les deux constructeurs revendiquent le droit au maintien de leurs différences, c'est-à-dire avant tout à leur position respective sur des segments distincts du marché. «Les voitures produites chez Volvo Cars Gent ont une marge plus élevée que les véhicules assemblés chez Ford Genk», explique Mark De Mey, porte-parole de Volvo en Belgique. «En outre, notre production est destinée principalement au marché américain, qui se porte très bien pour l'instant». Dans cette optique, tout équilibrage de fonds entre les deux marques reviendrait à freiner, ne serait-ce que momentanément, le développement de Volvo, ce qui serait insensé.

Le constructeur suédois recueille du reste aujourd'hui les fruits d'une restructuration dont la Belgique sort bénéficiaire. «Volvo Cars Gent profite des décisions prises en 2001 pour concentrer la production dans 2 usines au lieu de 3: Gand et Göteborg», poursuit Mark De Mey. «Grâce à l'investissement de 340 millions d'euros, nous sommes en train d'introduire un deuxième modèle dans notre usine, ce qui nous protège davantage des aléas du marché».

Sauvée, donc, momentanément, des affres actuels du secteur automobile, l'usine Volvo de Gand n'en reste pas moins «compatissante» à l'égard des ouvriers menacés de licenciement à Genk, comme l'a directement indiqué son administrateur délégué Peter Leyman dans une note interne. Au point de leur ouvrir généreusement ses portes? Dans une certaine mesure. Certes, l'usine gantoise, qui cherche encore à engager 600 ouvriers - sur un total de 1400 personnes recrutées 2002 et 2004 grâce au nouvel investissement - a annoncé pouvoir employer dans ses rangs une partie des ouvriers de Ford Genk. Mais elle s'attend aussi à une forte résistance de leur part, et pour cause. «Nous sommes réalistes: la distance de 150 km entre Genk et Gand constituera un obstacle considérable pour beaucoup de gens. En outre, en venant chez nous, les «Genkois» perdront leur ancienneté. Un support éventuel pour stimuler les ouvriers de Genk de prendre une position à Gand relève de la direction de Genk». Volvo n'a du reste aucune raison de faire un autre geste, même fraternel: lors de sa dernière campagne de recrutement, l'été dernier, l'entreprise a reçu 4000 candidatures, pour 600 postes! Or, à Genk, si les travailleurs de plus de 50 ans obtiennent le droit à la prépension, 2100 personnes resteront sur le carreau. Mathématiquement, la demande dépasse donc l'offre, et de loin.

Quoi qu'il en advienne, l'un et l'autre constructeurs restent conscients de la précarité de leur situation. «Tant de facteurs peuvent jouer un rôle», estime Peter Leyman. «Nous travaillons dans un secteur international où l'efficacité de l'usine est placée dans la balance en opposition à d'autres facteurs, tels que la (sur) capacité du groupe, les coûts salariaux, le succès de nos modèles sur le marché, etc. On peut argumenter que cette efficacité ne constitue aucune garantie pour la survie à long terme d'une usine, mais on peut, au contraire, affirmer avec certitude que les usines qui ne sont pas efficaces ou qui ne fournissent pas un travail de qualité sont condamnées à disparaître à court terme».

© La Libre Belgique 2003