Raphaël Pollet poussé à la démission

La carrière de Raphaël Pollet au sein du conseil d'administration de Belgacom aura été des plus éphémères. Dans «La Libre» de mardi, l'administrateur de Belgacom précisait que la société visait la Bourse en mars 2004. Pour la direction de l'opérateur, il aurait mieux fait de taire cette information. Critiqué pour ses propos, Raphaël Pollet a présenté sa démission au ministre des Entreprises publiques Johan Vande Lanotte, qui l'a acceptée.

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Mathieu Van Overstraeten

La carrière de Raphaël Pollet au sein du conseil d'administration de Belgacom aura été des plus éphémères. Nommé il y a moins d'une semaine à la place de Franklin Dehousse, il a présenté ce mardi sa démission au ministre des Entreprises publiques Johan Vande Lanotte, qui l'a acceptée.

En cause: une interview accordée par Raphaël Pollet à «La Libre Belgique», et publiée mardi, dans laquelle il révèle que la volonté de la direction de Belgacom est de faire entrer la société en Bourse dès le mois de mars prochain, «peut-être même à la fin du mois de février».

Il y précise également que «Didier Bellens et son équipe ont peut-être négligé un peu les bonnes relations avec le personnel au cours des dernières semaines» et se propose de jouer le rôle de «relais entre le CA et les organisations du personnel chez Belgacom».

Des propos incendiaires qui ont fortement agacé Didier Bellens, le patron de Belgacom, qui n'a pas hésité à réclamer la tête du jeune administrateur.

Pour la direction de Belgacom, Raphaël Pollet a oublié le devoir de réserve que doit observer tout administrateur et a également oublié que c'est à la commission paritaire de jouer le rôle de relais entre direction et représentants du personnel.

Confiance entamée

Confirmant qu'il s'était fait «remonter les bretelles» par plusieurs hauts responsables de Belgacom, Raphaël Pollet a préféré dès lors remettre son mandat à la disposition de Johan Vande Lanotte. Dans sa lettre envoyée au ministre, celui qui est aussi président de la fédération du PS dans le Brabant Wallon précise notamment que le fait que la confiance du management de Belgacom à son égard ait été entamée rendait son futur travail d'administrateur très difficile.

Un peu plus tôt dans la journée, Belgacom avait réagi aux propos tenus par M.Pollet dans «La Libre» par l'entremise de son porte-parole Piet Van Speybroeck. Sur les relations avec les syndicats, ce dernier précisait notamment qu' «une grande attention avait été accordée ces dernières semaines à l'information du personnel».

Concernant l'introduction en Bourse, le responsable de la communication de Belgacom se contentait de répéter, comme le 2 octobre dernier, que l'opération est encore et toujours prévue pour «le courant de 2004», et qu'elle se fera «en fonction des circonstances du marché».

Mars «pas irréaliste»

Peut-on néanmoins considérer qu'une introduction boursière de Belgacom en mars 2004 est un scénario crédible? Bart Jooris, analyste spécialisé dans les télécoms chez Fortis, est, comme Piet Van Speybroeck, d'avis que ce sont avant tout les conditions de marché qui dicteront le moment le plus opportun. Il reconnaît néanmoins que le mois de mars est loin d'être un objectif irréaliste et que pour l'instant, le climat boursier est plutôt favorable au secteur des télécoms.

«Ce n'est pas l'euphorie d'il y a quelques années mais il y a un regain d'intérêt pour ce secteur», dit l'analyste. «Et même s'il est impossible de déterminer quelle sera la situation en janvier prochain par exemple, il n'y a aucune raison de penser que le secteur des télécoms va à nouveau s'effondrer d'ici là.»

© La Libre Belgique 2003


Pas «piégé» Bizarre, l'attitude de Raphaël Pollet. Contacté par nos soins au moment de sa nomination au CA de Belgacom pour évoquer son parcours professionnel, il accepte l'idée d'un entretien en «on», c'est-à-dire où les propos tenus par lui sont considérés comme publiables. Vient le moment de l'interview durant laquelle, outre des informations sur son rôle chez Aries Consultants (sa société) et au sein du parti socialiste, il évoque, de lui-même, la fameuse date de mars 2004 pour l'entrée en Bourse de Belgacom. Il tient également des propos étonnants sur la gestion des relations syndicales par Didier Bellens. Le tout sans préciser, à aucun moment, que ces informations sont «off», c'est-à-dire non publiables. Pour une autre déclaration, il précise par contre qu'elle est «off», et conformément aux pratiques journalistiques de base, celle-ci n'a pas été publiée. Difficile dès lors de l'entendre affirmer qu'il aurait été «piégé» par «La Libre»...

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