«Un administrateur n'est pas... un porte-parole»

La démission spectaculaire de Raphaël Pollet (PS), qui venait d'être nommé au conseil d'administration, repose la question de la liberté de parole dont dispose un administrateur, de sa marge de manoeuvre par rapport au reste du conseil d'administration et de son autonomie d'action. En dévoilant le calendrier, jusqu'ici secret, de l'introduction en Bourse de Belgacom, Raphaël Pollet a-t-il franchi la ligne rouge?

Vincent Slits

La démission spectaculaire de Raphaël Pollet (PS), qui venait d'être nommé au conseil d'administration, repose la question de la liberté de parole dont dispose un administrateur, de sa marge de manoeuvre par rapport au reste du conseil d'administration et de son autonomie d'action. En dévoilant le calendrier, jusqu'ici secret, de l'introduction en Bourse de Belgacom, Raphaël Pollet a-t-il franchi la ligne rouge? Sa démission, réclamée notamment par Didier Bellens, était-elle justifiée?

«D'un point de vue du corporate governance, les choses sont relativement claires. L'ensemble du conseil d'administration est censé agir de manière collégiale et chaque administrateur doit avoir vis-à-vis de l'extérieur un devoir de réserve et s'abstenir de divulguer des informations sensibles avant que le conseil n'ait donné son feu vert à la publication desdites informations», explique Nicolas Caprasse, associé au sein du cabinet Deminor, cabinet de défense des actionnaires minoritaires. Et d'ajouter dans la foulée: «Il paraît logique que tant la société que son conseil d'administration désignent un porte-parole chargé de la communication vis-à-vis des médias et de la communauté financière. Et cela afin d'éviter une certaine anarchie en matière de communication».

Nicolas Caprasse pointe cependant un cas particulier où l'administrateur peut prendre certaine distance par rapport à son conseil d'administration pour exprimer certaines idées. «C'est le cas lorsqu'il existe des divergences importantes au sein même d'un conseil d'administration en fonction de certaines décisions prises ou à prendre. Dans ce genre de situation où existe un conflit d'intérêt, il faut que les administrateurs indépendants qui se distancient du reste du conseil d'administration et le plus souvent des administrateurs représentant l'actionnaire majoritaire puissent avoir la possibilité de faire connaître, via un canal d'information, leur opinion et le pourquoi de celle-ci. Cela fut le cas lors de l'OPA lancée fin 2001 par le groupe japonais Asahi sur Glaverbel au cours de laquelle trois administrateurs indépendants (Philippe Bodson, Michel Delloye et Herman Daems) ont exprimé un point de vue différent du reste du conseil. Mais ici nous ne sommes évidemment pas dans ce cas de figure».

Faute ou imprudence?

Alors Raphaël Pollet a-t-il commis une faute grave et sa sortie dans «La Libre» a-t-elle bafoué la défense des intérêts de la société dont il était lundi encore administrateur? «On ne peut pas à proprement parler de faute dans la mesure où les principes de corporate governance ne sont pas coulés dans des règles juridiques. Mais, c'est vrai, il est curieux de voir le dernier administrateur fraîchement nommé divulguer des informations précises sur un processus - l'introduction en Bourse - assez sensible pour une entreprise comme Belgacom. Il n'a certainement pas été nommé à ce poste pour être le porte-parole du conseil d'administration. Cela dit, il n'y a pas lieu d'en faire toute une tempête. Et il serait exagéré d'affirmer que la société a eu à subir un préjudice», précise enfin Nicolas Caprasse. Un avis que n'a visiblement pas partagé Didier Bellens qui se retrouve désormais flanqué d'un agenda qu'il aurait probablement voulu garder jalousement pour lui.

© La Libre Belgique 2003

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