Naviguer à... la voix

Taper, glisser, cliquer, lire... Voilà à grands traits l'itinéraire ordinaire d'un surfeur sachant surfer. Mais pour incontournable qu'il soit dans l'accès d'un Internet historiquement lié à l'ordinateur, le trio clavier-souris-écran n'est pas sans poser des problèmes à ceux qui ne peuvent manier dûment ces interfaces, malvoyants, handicapés physiques...

vincent.braun@saipm.com

ÉCLAIRAGE

Taper, glisser, cliquer, lire... Voilà à grands traits l'itinéraire ordinaire d'un surfeur sachant surfer. Mais pour incontournable qu'il soit dans l'accès d'un Internet historiquement lié à l'ordinateur, le trio clavier-souris-écran n'est pas sans poser des problèmes à ceux qui ne peuvent manier dûment ces interfaces, malvoyants, handicapés physiques... Sans compter ceux qui n'ont simplement pas accès à l'informatique.

De nombreuses solutions, telles les loupes virtuelles, les barrettes Braille, existent déjà pour une accessibilité alternative à l'informatique en général, à l'Internet en particulier. D'autres, comme le navigateur vocal, émergent. L'idée est de favoriser un accès universel à la société de l'information, et donc au réseau mondial, en recourant au téléphone. Un appareil tout désigné, compte tenu de la pénétration des lignes fixes et du potentiel de croissance des réseaux mobiles sur la planète. Et susceptible de gommer quelque peu les disparités techniques et culturelles entre nantis et déshérités.

UN SIMPLE COMBINÉ

Cette semaine, le Consortium World Wide Web (W 3C), un organisme qui définit les standards techniques censés faire d'Internet un outil accessible au plus grand nombre, a mis la dernière main aux deux principales composantes de son projet d'interface vocale initié en 1999. Il s'agit, d'une part, du langage VoiceXML, un dérivé du format de texte XML (Extensible Markup Language) intervenant dans l'édition électronique et l'échange de données via réseau informatique, et d'autre part, de la grammaire de reconnaissance de la parole, désignée par le sigle SRGS (Speech Recognition Grammar Specification).

Ces deux outils standardisés à présent disponibles, les développeurs disposent maintenant de quoi concevoir des applications vocales qui devraient permettre à tout un chacun d'atteindre les informations se trouvant sur le Web grâce à un simple combiné.

«La plupart des services vocaux, de type banque en ligne, actuellement en service sont des systèmes fermés. Le but du projet est d'unifier, grâce au langage standardisé publié cette semaine, les services à interfaces vocales qui ne sont pas forcément conçus pour le Web et les applications vocales dédiées à Internet», assure Maxime Froumentin, porte-parole du groupe de travail Navigateur vocal du W 3C (W 3C Voice Browser WG).

UN SEUL LANGAGE

L'idée du navigateur vocal repose sur le principe du dialogue. Cet échange vocal devra pouvoir s'installer entre l'utilisateur de téléphone et l'application via une plate-forme vocale. Pour y parvenir, plus besoin d'utiliser les touches du combiné, comme sur les serveurs vocaux d'aujourd'hui. Les dialogues vocaux utiliseront des voix synthétisées, des sons numérisés, de la reconnaissance de parole et de sons, des messages préenregistrés, des communications téléphoniques, ainsi que différents modes de dialogues initiés par le serveur ou l'utilisateur.

Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que ce mode de navigation alternatif aura forcément un impact sur la manière dont les informations seront présentées dans une configuration où l'écran est sans doute amené à jouer les utilités. Un retour à plus de sobriété?

«L'accès au Web via GSM et PDA a déjà pour effet d'ouvrir les yeux des concepteurs de sites sur ce qu'ils proposent concrètement», affirme M.Froumentin. D'ailleurs, la mise en ligne de données devant être accessibles à la fois sur ordinateur et par téléphone devrait à l'avenir s'harmoniser. «L'idée à long terme est même d'arriver à un seul et unique langage qui réussisse à mettre en forme les données visuellement et vocalement».

© La Libre Belgique 2004