Linux: le succès par l'industrialisation

Le logiciel d'exploitation (OS) Linux, conçu par le Finlandais Linus Torvald, est-il susceptible aujourd'hui de tailler des croupières à Windows, le système opérationnel mis au point par Microsoft, et qui équipe la plupart des ordinateurs personnels?

Patrick Van Campenhout

Le logiciel d'exploitation (OS) Linux, conçu par le Finlandais Linus Torvald, est-il susceptible aujourd'hui de tailler des croupières à Windows, le système opérationnel mis au point par Microsoft, et qui équipe la plupart des ordinateurs personnels? Apparemment, plusieurs géants de l'informatique en ont fait le pari. C'est sans doute l'américain Novell qui a pris le tournant le plus sérieux dans ce sens avec le rachat il y a quelques semaines de l'allemand SuSe. SuSe commercialisait depuis plusieurs années le système Linux assorti de nombreux programmes périphériques et d'une solide documentation. L'allemand est actuellement le deuxième acteur de ce marché au niveau mondial. Novell a pris la décision récemment de reprendre cette activité afin de proposer pour un prix très compétitif un ensemble logiciel comprenant Linux et une suite bureautique «ouverte» (dont les codes sont accessibles à tous les développeurs, comme c'est aussi le cas de Linux), appelée Open Office.

On parle ici du marché des entreprises. Sont-elles intéressées? «Oui, pour une série de raisons, explique Bernard Ister, general manager de Novell Belux. D'abord, on est arrivé à un moment où la politique de prix pratiquée par Microsoft incite les décideurs à remettre leurs contrats en question. La récente condamnation de Microsoft par la Commission a d'ailleurs attiré un peu plus leur attention sur les pratiques du groupe américain. Et puis, il y a le problème de la sécurité des systèmes Microsoft, avec les très nombreuses failles qui justifient un repositionnement des entreprises.»

Il faut décider

Mais, entre la réflexion et la prise de décisions, il y a une marge? «En effet, il y a le problème de la résistance au changement de la part des utilisateurs. C'est pourquoi ce changement viendra des entreprises, au travers des décisions des managers.»

L'argument «prix» est-il suffisant pour forcer la décision? «Absolument, il n'y a pas de comparaison. Ici, on parle de logiciels "ouverts", avec des dizaines de milliers de développeurs dans le monde, et une distribution gratuite. Nous ne vendons d'ailleurs pas de licences Linux. Nous ne facturons aux entreprises que le support et la maintenance. Pour des systèmes de serveurs d'entreprises, la comparaison en termes de prix est difficile à faire, mais dans certains cas, elle est de 10 à 1!», affirme encore Bernard Ister.

«Et puis, il faudra voir dans quelle mesure notre offre séduira les entrepreneurs. Ce que nous faisons, c'est "industrialiser" l'offre Linux. Nous assemblons les multiples programmes diffusés gratuitement dans le monde par les développeurs, et nous la certifions pour la vendre en confiance aux entreprises. Nous offrons une garantie de cinq ans sur les ensembles logiciels. En pratique, à la fin de cette année, nous diffuserons cette offre au travers d'un partenariat avec Hewlett Packard. HP commercialisera des machines équipées de notre ensemble Linux-Open Office.» Vous pensez que si les entreprises utilisent des logiciels ouverts pour leurs serveurs, elles passeront aussi aux «desktops» ? «Oui, en dépit de la résistance au changement qui est souvent relative à la disposition par l'utilisateur-client d'une foule de petites applications sous Windows, comme l'accès aux Pocket-PC ou aux Palm. Mais tout cela existe aussi pour Linux. C'est une question de temps. Mais il faut savoir que la croissance de la diffusion de Linux est très rapide maintenant. Les sociétés d'analyse de marché comme Gartner parlent de 40 pc par an!»

© La Libre Belgique 2004