Toone de Bruxelles, huitième du nom

Au théâtre Toone, un fils vient de succéder à son père. Normal, direz-vous, même si cela ne s'est pas toujours passé ainsi. Fondée en 1830 par Antoine Genty dit Toone, fileur de coton de son état (katoenspinner) et Marollien de souche, la maison perpétue depuis deux siècles une « dynastie populaire et affective». « Parce que, contrairement à une opinion établie, le nom de Toone ne s'est pas transmis systématiquement de père en fils.

Toone de Bruxelles, huitième du nom
©de Tessieres
P.Lo

Au théâtre Toone, un fils vient de succéder à son père. Normal, direz-vous, même si cela ne s'est pas toujours passé ainsi. Fondée en 1830 par Antoine Genty dit Toone, fileur de coton de son état (katoenspinner) et Marollien de souche, la maison perpétue depuis deux siècles une « dynastie populaire et affective». « Parce que, contrairement à une opinion établie, le nom de Toone ne s'est pas transmis systématiquement de père en fils. Toone est adopté à la fois par son prédécesseur et par son public populaire», affirme Andrée Longcheval, conservatrice. « C'est vrai que nous avons toujours été très proches», complète José Géal (Toone VII) qui a passé tout récemment le témoin à son fils Nicolas, mais qui, à 73 ans, n'a pas encore quitté tout à fait la scène. Parce que c'est « sa vie». « Chez nous, on a toujours été fort proches, dit-il. Les uns ont été parrains des autres, des voisins se sont liés d'amitié. Comme en famille ».

C'est ainsi que Toone IV (Jean-Baptiste Hembauf), fils de Georges, a succédé à son père et s'est associé au fils de Toone II pour créer, en 1934, «Le mystère de la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ» de Michel de Ghelderode.

Les années ont passé, Toone reste. La preuve? Lorsque le sort s'acharne tout d'un coup sur le théâtre au point d'occulter son avenir, il se trouve un homme pour le relever de ses cendres. « Quand j'ai repris la barre en 1963, j'ai commencé par chercher un local au Sablon, rue Blaes, etc. », raconte José Géal. « Quand je disais que c'était pour des marionnettes, on nous prenait pour de doux rêveurs». Au prix de difficultés sans nom, il fait l'acquisition d'un immeuble délabré dans l'îlot sacré, datant de 1696. En 1971, la ville de Bruxelles reprend en mains les destinées de la Maison de Toone, impasse Schuddeveld, et en assure la restauration définitive en 1979. C'est là que l'on peut retrouver, quelques soirs par semaine Woltje, le «ketje» de Bruxelles, et ses nombreux amis...

« Si mon fils Nicolas m'a suivi, c'est d'abord parce qu'il a le goût de ce métier et qu'il est tombé dans la marmite quand il était petit, déclare José Géal. Gamin, il venait avec moi au «pestacle». A douze ans, il manipulait les marionnettes. C'est donc logique ce qui est arrivé. Quand on travaille en famille, on est plus à l'aise et en confiance. Il y a des choses qui s'apprennent toutes seules et qu'il ne faut pas répéter».

Parodique et classique

Par chance, Nicolas, premier prix de conservatoire et de déclamation (Bruxelles), est bourré de talent et cumule les apparitions à la scène. L'an passé, il s'est fait remarquer dans Roméo et Juliette. Titulaire d'un rôle secondaire (Valère), « il a fait de l'ombre à Roméo », confie fièrement son père. Et d'ajouter: « C'est capital. Notre métier ne s'apprend pas dans les écoles. On a ça en soi que voulez-vous?». Cet été-ci, Nicolas remet ça avec le théâtre du Méridien qui propose «Mille et une nuits» dans une mise en scène de Philippe Blasband. Entre deux interprétations de la célèbre Carmen, revue et corrigée en bruxellois...

La succession familiale, Nicolas Géal, 24 ans, l'envisage dans la continuité. Le répertoire restera parodique et classique « car il faut partir de quelque chose que les gens connaissent». «On doit rester un théâtre vivant et ne pas se prendre la tête. J'aime ce métier, que ce soit ici ou ailleurs», dit-il alors que son public habituel est soit bruxellois bon teint soit composé de touristes. Même l'étranger (Moscou, Dortmund, etc.), des festivals (Spa, etc.) et des institutions (Hôpital Reine Fabiola, etc.) ont accueilli Toone à domicile.

Définitivement sauvé financièrement? José Géal, qui en a pourtant vu d'autres, perd un instant le sourire: « Depuis quinze ou vingt ans, les subventions se rétrécissent et l'aide de la Loterie nous a été retirée. La presse a annoncé qu'on allait vraiment nous aider. Or, la convention que je viens de recevoir est amputée d'un tiers. On peut s'attendre à de nouvelles années d'austérité». Cela ne se ressentira pas trop, Dieu merci, au royaume des «poechenelles». « Car nous sommes quand même là pour amuser les gens », martèle José Géal.

Infos: Webhttp://www.toone.be ou 02.511.71.37. Carmen est au programme jusqu'à la mi-septembre.

© La Libre Belgique 2004


TROISIÈME SÉRIE D'ÉTÉ des pages économiques. Après avoir déniché des collectionneurs passionnés, puis retrouvé des «quinquas» reconvertis, place aux entreprises familiales. Six au total parmi lesquelles les «Mestdagh» et les «Ronvaux». © La Libre Belgique 2004