Les Mestdagh, 4 générations d'épiciers

Chez Mestdagh, on est épicier de père en fils et cela fait plus d'un siècle que cela dure. Depuis 2002, c'est la quatrième génération de la famille qui est aux commandes de la chaîne carolorégienne, qui exploite en Belgique l'enseigne Champion

Sandrine Vandendooren

Chez Mestdagh, on est épicier de père en fils et cela fait plus d'un siècle que cela dure. Depuis 2002, c'est la quatrième génération de la famille qui est aux commandes de la chaîne carolorégienne, qui exploite en Belgique l'enseigne Champion (62 magasins, anciennement baptisés Super M). Ils sont trois (sur les neuf membres de cette génération) à siéger au comité de direction: Eric Mestdagh (41 ans), l'administrateur délégué; son frère, John (38 ans), responsable des achats et du marketing; et Carl (38 ans), son cousin, en charge de l'immobilier et de l'expansion du groupe. La troisième génération emmenée par Henry (père d'Eric et de John, qui est aussi président de l'Union wallonne des entreprises) continue toutefois à suivre de près les affaires: Henry préside le conseil d'administration et son frère, Germain, conseille la nouvelle direction en matière de produits frais.

Un parcours à suivre

«Il n'y avait aucune obligation à reprendre le flambeau, raconte Eric. Rentrait qui voulait dans le groupe.» Mais celui qui désirait y entrer devait suivre un parcours bien défini. «Nous devions faire 4 ou 5 années d'études, aller un an à l'étranger pour apprendre les langues et, ensuite, travailler deux ans dans une société extérieure avant de rentrer dans l'entreprise familiale. On a commencé chez Mestdagh par un passage de 2 ans en magasin», explique John. «Dès l'âge de 10-11 ans, on participait à des comités junior au cours desquels on pouvait poser toutes les questions que l'on voulait sur le groupe à nos parents, à savoir à Henry, Jacques et Germain (NdlR: la 3 e génération).»

Le message dans la famille a toujours été clair: «Il y a de la place pour tout le monde, mais pas question d'y entrer pour être un planqué. Il y a une responsabilité sociale à assumer vis-à-vis des 2200 ménages qui vivent grâce à un emploi dans le groupe.» C'est, estime Eric Mestdagh, ce sens de la responsabilité qui oblige les chefs de l'entreprise à dépasser les querelles familiales. Il n'empêche, travailler en famille n'est pas toujours une sinécure. «Il faut parfois mordre sur sa chique. La plus grosse difficulté dans les sociétés familiales est de faire la part des choses entre le relationnel et l'émotionnel», observe Carl Mestdagh. «On essaie d'être très francs entre nous. Notre mot d'ordre est d'éviter le consensus mou.» Si la transition entre la 3e et la 4e génération s'est «globalement bien passée» (NdlR: ils étaient normalement quatre à reprendre les rênes, mais le quatrième, après un bref passage, a trouvé son bonheur en dehors du groupe), c'est parce que «tout le monde y a trouvé sa place, son propre terrain d'expression». «Notre atout est d'être complémentaires.»

Saine répartition

Si une entreprise comme Mestdagh, qui fait office de petit Poucet dans la grande distribution belge, arrive à tenir bon, c'est aussi parce que ses dirigeants ont vite compris qu'ils devaient s'allier à un grand groupe pour disposer de meilleures conditions d'achats. D'où le partenariat scellé avec Promodès (aujourd'hui Carrefour) qui a pris, en 1995, 25 pc dans le capital du groupe familial. Une autre clé de la réussite des Mestdagh est d'avoir scindé les sociétés immobilières et les sociétés commerciales du groupe. «Il y a une saine répartition pour contenter tout le monde. Les parts des inactifs (NdlR: les héritiers qui ne sont pas dans la gestion des magasins) sont placées dans l'immobilier afin qu'ils ne soient pas pénalisés par les investissements dans la distribution.»

Pour l'heure, le trio est bien décidé à poursuivre l'histoire écrite par leur arrière grand-père (Germain). «Notre devise est de vendre si on ne s'entend plus, si on ne progresse plus, si on n'est pas rentable. Or, il se fait que l'on s'entend bien, que l'on progresse et que l'on est rentable», conclut Eric Mestdagh.

© La Libre Belgique 2004

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