Un DHL light à Zaventem

Selon deux quotidiens néerlandophones («Het Nieuwsblad» et «Het Volk»), DHL aurait déjà planifié son départ de l'aéroport de Bruxelles-National et renoncé à implanter son hub européen sur le site.Editorial:Plus que jamais maître du jeu

Ph. Law.
Un DHL light à Zaventem
©DE TESSIERES

Selon deux quotidiens néerlandophones («Het Nieuwsblad» et «Het Volk»), DHL aurait déjà planifié son départ de l'aéroport de Bruxelles-National et renoncé à implanter son hub européen sur le site. Publiée mardi, l'information a aussitôt été démentie par les responsables de la société de courrier express à Bruxelles affirmant qu'aucune décision n'a encore été prise: «Notre position n'a pas changé. Nous disposons de trois possibilités (NdlR: Bruxelles-National, Vatry en France et Leipzig en Allemagne) et nous sommes en train d'analyser tous les dossiers. Il est impossible de dire aujourd'hui qu'un aéroport parmi ces trois sites a été retenu», répond Xavier De Buck, directeur commercial de DHL.

Propositions de Bruxelles

L'information publiée par nos confrères est loin d'être une nouveauté, les rumeurs sur un éventuel départ de DHL de Bruxelles-National circulent depuis longtemps. Mais il faut reconnaître qu'elle sort à un moment où les acteurs du dossier (les exécutifs fédéral, flamand et de celui de Bruxelles-Capitale ainsi que DHL) sont en pleine discussion. Selon nos informations, on est loin d'un accord et le bouclage du dossier pour septembre est impossible, car «il faudrait réunir beaucoup de conditions». Il s'agit notamment de celles du gouvernement bruxellois qui refuse toute augmentation des nuisances et des survols de la capitale. Bruxelles ne ferme toutefois pas totalement la porte, parce qu'aucun des partenaires ne veut être tenu pour responsable d'un éventuel départ de DHL. Les négociateurs bruxellois mettent des propositions concrètes sur la table notamment une révision du quota count (QC) de 12 à 8 et des trajectoires, le tout accompagné d'un engagement de DHL à renouveler sa flotte.

Ses améliorations techniques de Bruxelles -lequel jouit du soutien des Flamands- sont susceptibles de résoudre (en partie?) le dossier, mais il sera difficile d'expliquer aux riverains qu'elles pourront permettre un accroissement des mouvements d'avions sans pour autant entraîner une hausse des nuisances. La symbolique entourant le dossier DHL, la subjectivité et l'irrationalité des uns et des autres sont telles que la démarche semble relever d'un défi.

Deutsche Post décide

Malgré les démentis de DHL-Bruxelles, de nombreuses sources proches du dossier confirment le départ de l'opérateur de courrier express de Zaventem. «C'est Deutsche Post, propriétaire de DHL, qui décide et son souhait de voir le centre européen de DHL s'installer à Leipzig n'est plus un secret. Il y a déjà acquis des terrains. La décision est déjà prise et on attend maintenant les conditions de l'exécutif belge pour lui faire porter le chapeau et dire que c'est de sa faute si DHL n'a pas pu se développer à Zaventem», dit-on. Les avantages de Leipzig sont bien réels et il ne faut pas oublier que la Commission européenne a déjà donné son aval pour un subside de près de 71 millions d'euros au profit de DHL dans l'ex-Allemagne de l'Est («LLB» du 17/4).

Une autre solution est également à l'étude. Elle consiste au développement de DHL à Leipzig et à Bruxelles, le gros des investissements se réalisant néanmoins en Allemagne. Si Bruxelles venait à louper le coche, elle perdrait les emplois que le projet induirait (on parle de 16000 emplois) et certains prédisent des pertes dans l'effectif actuel. Les syndicats sont déjà montés au créneau et la FGTB a déjà annoncé qu'elle accorde la priorité à l'emploi, mais appelle le gouvernement à trouver un bon équilibre entre celui-ci et la tranquillité des riverains.

© La Libre Belgique 2004


Leipzig est prêt On ne compte plus les noms des dirigeants politiques allemands qui sont absolument certains que DHL, filiale de la Deutsche Post, installera son futur centre de tri à Leipzig en Saxe. Pourtant, fin juillet, le patron de la Post, Klaus Zumwinkel, avait assuré que «l'issue était tout à fait ouverte» et que la décision finale, initialement prévue pour septembre, ne tomberait qu'en octobre-novembre au terme d'un processus «transparent». En d'autres mots, Deutsche Post professe d'ignorer les pressions politiques. Ceci dit, indépendamment du climat politique, l'aéroport de Leipzig-Halle a toute une série d'atouts militant en sa faveur. Il n'y a pas d'interdiction de vols de nuit, les avions peuvent atterrir 24 heures sur 24. Les riverains sont peu nombreux et dociles. L'aéroport a beaucoup de capacités libres et une piste d'atterrissage pour longs courriers construite après la réunification. De plus, les salaires est-allemands sont très inférieurs à ceux de la région bruxelloise et les syndicats sont sages. Et la commission européenne contribuerait au financement envisagé de 250 millions d'euros permettant de créer 3000 emplois dans une région où le chômage atteint 18pc. D'un autre côté, l'isolement relatif de Leipzig par rapport aux grands centres d'activité ouest-allemands et d'Europe de l'Ouest est un sérieux inconvénient. L'issue la plus probable est que Deutsche Post et DHL feront leur choix selon des critères économiques et financiers objectifs. L'Etat fédéral possède directement et indirectement encore 62pc de la Deutsche Post, mais le gouvernement Schröder n'intervient pas dans la gestion des groupes boursiers où il est actionnaire.