En coulisses, l'instruction du juge Van Espen se poursuit

La faillite de la Sabena avait été précédée de peu par l'arrivée, le 17 octobre 2001, d'une plainte avec constitution de partie civile contre Swissair, l'Etat belge et l'ancien conseil d'administration de la Sabena.

R.P.

La faillite de la Sabena avait été précédée de peu par l'arrivée, le 17 octobre 2001, d'une plainte avec constitution de partie civile contre Swissair, l'Etat belge et l'ancien conseil d'administration de la Sabena. Un membre du personnel de Sabena Technics, également délégué FGTB, l'avait déposée pour «faux en écriture et usage, organisation frauduleuse d'insolvabilité, abus de confiance, abus de biens sociaux et escroquerie». Et l'avait déposée chez le juge d'instruction bruxellois Jean-Claude Van Espen, une fine lame redoutée pour ses enquêtes financières.

Le 6 novembre suivant, la direction de la Sabena entrait de plain pied dans une nouvelle ère, celle de la suspicion judiciaire. Le magistrat ordonnait une quadruple perquisition, chez des dirigeants de la société et au «Sabena House».

Des documents relatifs au leasing pharaonique et dès lors litigieux de 34 Airbus étaient entre autres saisis. Une camionnette censée se rendre au conseil d'administration, mais en réalité sans doute prête à évacuer des documents peut-être compromettants, était interceptée et son contenu, saisi. Le 7 novembre 2001, la faillite était prononcée. Dix jours plus tard, le parquet de la capitale confortait le magistrat dans sa saisine en lui transmettant des «réquisitions du chef d'infractions liées à l'état de faillite», en cause de «X». Ambiance...

Depuis, l'instruction du juge Van Espen s'est étendue à la Suisse ainsi qu'à la France. Si on ne peut pas dire que son versant helvétique est favorisé par une grande diligence - les causes n'obtiennent parfois leurs effets qu'avec retard, dans la Confédération - on se souvient en revanche que la visite en commission rogatoire du juge Van Espen chez Airbus, à Toulouse, au mois de septembre 2002, avait été spectaculaire, saisies de documents à la clef.

Deux mois plus tard, M. Van Espen organisait «la» rencontre de son dossier, le «tout Sabena», de Michel Van der Stichele à Clair Ysebaert en passant par Patrick du Bois (NdlR: dernier secrétaire général de la Sabena), étant convoqué dans les bureaux de la police fédérale pour quelques interrogations. En tant que témoins, non comme inculpés.

Depuis, l'enquête se poursuit de façon moins visible, mais régulière.

Plusieurs auditions ont été effectuées. Des parties civiles se manifestent régulièrement. Bref, un cheminement classique qui, tôt ou tard, pourrait déboucher sur un retentissant procès.

D'autant que, à la différence de ce qui avait été fait dans une vieille affaire «Transnuklear» où les maladresses d'une commission d'enquête parlementaire avaient brisé une enquête judiciaire, les travaux qui s'étaient ouverts le 15 janvier 2002 au Parlement sur la Sabena n'avaient, eux, pas entraîné de dégâts de cet ordre. Et comme les Suisses ont pour leur part refusé toute commission d'enquête sur la faillite de Swissair en 2002 puis encore au mois de septembre dernier, il n'y a aucun risque de leur côté non plus, à cet égard.

© La Libre Belgique 2004