Reach? Pas si cher que ça, disent les patrons

C'est l'histoire du type qui tire la sonnette d'alarme avant que l'accident n'ait effectivement eu lieu. Une étude d'impact - dont «La Libre» a obtenu copie -, qui doit être présentée aujourd'hui à Bruxelles, conclut que la législation européenne en préparation sur les produits chimiques dangereux coûtera moins cher que prévu à l'industrie européenne.

M.Bu.

C'est l'histoire du type qui tire la sonnette d'alarme avant que l'accident n'ait effectivement eu lieu. Une étude d'impact - dont «La Libre» a obtenu copie -, qui doit être présentée aujourd'hui à Bruxelles, conclut que la législation européenne en préparation sur les produits chimiques dangereux coûtera moins cher que prévu à l'industrie européenne. Et qui avance cela? L'Unice (les patrons européens) et le Cefic (les chimistes européens): deux des organisations les plus hostiles à la future loi d'enregistrement, d'évaluation et d'autorisation des substances chimiques dangereuses, et qui n'ont eu de cesse d'en dénoncer les «coûts exorbitants».

Rappel, avec Reach, la charge de démontrer l'innocuité des substances basculera vers les industriels. L'étude réalisée par le bureau de consultance KPMG a porté sur 152 substances utilisées dans quatre secteurs (électronique, automobile, emballages souples et produits inorganiques). Elle conclut que l'industrie chimique sera en mesure d'absorber ou de répercuter les coûts d'enregistrement, à l'exception de certaines PME. Mieux même: « Reformuler la proposition pourrait induire (...) de grands coûts pour les entreprises européennes », peut-on lire.

Et KPMG d'abattre les uns après les autres les arguments avancés par le chimique européen pour démonter Reach. Perte de part de marché? « L'industrie européenne ne doit pas s'attendre à perdre des parts de marché à cause de Reach », tranche l'étude. Bien souvent, les entreprises « ne sont pas informées de l'impact » qu'aura la future loi européenne. De même, les risques de délocalisations d'entreprises sont « peu probables ». Parce que, d'abord, « beaucoup de compagnies ont investi du capital dans des équipements lourds ». Mais aussi parce que « la proximité des clients est importante » pour ce secteur. Si des « coûts significatifs peuvent être attendus pour (la phase) d'enregistrement, ils pourront être réduits » notamment en agissant en consortium ou en répercutant la facture sur les clients en aval, signale l'étude.

«Comme prévu»

Reste les PME. «

Les difficultés d'adaptation aux surcoûts » seront plus lourdes pour les PME, admettent les enquêteurs qui relèvent également que Reach sera plus cher là où « la compétition globale est particulièrement forte ». Reach ne devrait pas entraîner, non plus, d'accroissement significatif des dépenses de Recherche et développement des entreprises. Enfin, avec la mise en place de ce système, « la disponibilité et la qualité des informations sur les substances et préparations chimiques devrait être améliorée » ont indiqué les compagnies interrogées.

Bref, «le résultat semble confirmer les estimations originales de la Commission », s'est félicité mardi le commissaire à l'Environnement, Stavros Dimas, cité par l'AFP. La Commission évalue le coût de sa proposition à 2,3 milliards d'euros sur onze ans, soit 0,05pc du chiffre d'affaires annuel de l'industrie chimique européenne.

© La Libre Belgique 2005

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