Surprenante faillite d'Agfa-Photo

L' indépendance n'aura pas porté bonheur à Agfa-Photo. Sept mois à peine après la cession de l'ancienne activité photo du groupe belge Agfa-Gevaert à des actionnaires allemands et américains en novembre 2004, la société de Leverkusen au nord de Cologne a été obligée de déposer son bilan.

MARCEL LINDEN

CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

L' indépendance n'aura pas porté bonheur à Agfa-Photo. Sept mois à peine après la cession de l'ancienne activité photo du groupe belge Agfa-Gevaert à des actionnaires allemands et américains en novembre 2004, la société de Leverkusen au nord de Cologne a été obligée de déposer son bilan.

Le conseil d'entreprise parle d'une faillite «tout à fait incompréhensible».

La firme, qui a hérité d'un grand nom dans l'histoire de la photographie, était pourtant bien dotée en fonds propres, ce qui aurait dû exclure la cessation des paiements, s'interroge, incrédule, Bernhard Dykstra, président du conseil d'entreprise. Et d'ajouter qu'une réunion d'information il y a quinze jours avec la direction n'avait pas donné de signaux alarmants.

Un porte-parole de la société employant 2400 personnes, dont 1900 répartis sur cinq emplacements en Allemagne, n'a guère apporté d'explication en parlant d'une «évolution négative imprévisible».

Les 900 employés du siège de Leverkusen ont été informés hier. L'administrateur judiciaire provisoire, Andreas Rinstmeier, mis en place par le tribunal de Cologne, devra décider du futur sort de l'entreprise.

Dans l'entre-deux-guerres et aussi après 1945, Agfa avait été le «Kodak allemand» et la fierté de l'industrie photographique allemande, à côté de fameux fabricants d'appareils comme Leica. En 1936, il avait lancé avant les concurrents américains le premier film couleur du monde. En 1964, Agfa, repris plus tard par le chimiste Bayer et le groupe anversois Gevaert, avait fondé un joint venture longtemps profitable. Il y a quelques années Bayer vendit ses parts.

Les derniers temps, l'activité photo rata la nouvelle technologie de la photo numérique et fut victime d'une forte érosion des prix: au premier semestre 2004, encore sous contrôle belge, son chiffre d'affaires recula de 18pc à 363 millions d'euros et la perte se creusa.

Nouveau logo

En novembre, la division photo déficitaire quitta Agfa-Gevaert et fut vendue à plusieurs investisseurs: le holding allemand Nanno de Hartmut Emans s'assura 55pc des parts, les managers de l'entreprise 25pc et des investisseurs financiers américains le solde de 20pc. Le lancement sous la nouvelle direction semblait réussi. En début du mois, la firme s'était donné un nouveau logo. Cela permet de mieux mesurer la stupéfaction du personnel à l'annonce de la faillite.

Agfa-Gevaert a assuré vendredi que l'insolvabilité d'AgfaPhoto n'aura pas d' «impact matériel» pour lui. Agfa-Gevaert rappelle qu'il avait pris la précaution de garantir la somme que lui devaient les acquéreurs, soit 112 millions d'euros, par un prêt sécurisé.

© La Libre Belgique 2005