L'énorme brevet d'une PME bruxelloise

S'agit-il d'une révolution dans l'industrie du GSM? Oui, à en croire AllisBlue. Le 28 juin dernier, le Bureau européen des brevets a annoncé son intention de délivrer à cette PME bruxelloise un brevet européen pour sa technologie de marketing baptisée SMS 2Mail. Celle-ci permet aux consommateurs intéressés par une publicité d'envoyer un SMS pour recevoir immédiatement dans leur boîte aux lettres électronique un e-mail avec plus d'informations.

Mathieu Van Overstraeten

S'agit-il d'une révolution dans l'industrie du GSM? Oui, à en croire AllisBlue. Le 28 juin dernier, le Bureau européen des brevets a annoncé son intention de délivrer à cette PME bruxelloise un brevet européen pour sa technologie de marketing baptisée SMS 2Mail. Celle-ci permet aux consommateurs intéressés par une publicité d'envoyer un SMS pour recevoir immédiatement dans leur boîte aux lettres électronique un e-mail avec plus d'informations. A condition bien sûr qu'ils se soient inscrits au préalable, ce que 600000 Belges ont fait à l'heure actuelle. Un système déjà testé avec succès par des annonceurs tels que Nivea, IBM ou Eurostar.Mais en réalité, le brevet qu'espère décrocher AllisBlue couvre un domaine bien plus large. «Il couvre tous les échanges d'informations entre un SMS envoyé par un téléphone mobile et une adresse Internet», dit Eric Delfosse, le patron de la société. Autrement dit, le brevet vaut aussi pour la quasi-totalité des très populaires services de téléchargement de «ringtones» et de logos, et ce dans toute l'Europe. «C'est un marché que nous estimons actuellement à près de 5 milliards d'euros», précise Eric Delfosse.Ce n'est pas pour autant que ce dernier compte envoyer des factures tous azimuts si on lui attribue le précieux sésame. «Notre but n'est pas de devenir une société de juristes, mais de créer un écosystème qui profite à tout le monde», dit-il. Si SMS 2Mail continue à se développer, AllisBlue estime en effet que les consommateurs recevront moins de spams, que les annonceurs pourront mieux mesurer l'efficacité de leurs campagnes et que les opérateurs GSM augmenteront le trafic de données sur leur réseau. Quant à la société bruxelloise, elle compte très rapidement accroître ses revenus grâce à la commission de 1 euro par contact facturée aux annonceurs. «Etant donné que nous prévoyons qu'il y aura quelque 150 millions de SMS de ce type envoyés en Belgique en 2007, cela signifie que notre chiffre d'affaires devrait passer de 1,5 ou 2 millions d'euros cette année à 120 ou 130 millions d'euros d'ici deux ans», affirme Eric Delfosse.

Numéro simple

Pour réaliser cet objectif ambitieux, l'entrepreneur bruxellois compte utiliser la crédibilité que lui conférera son brevet pour être en position de force auprès des opérateurs GSM. «Nous travaillons déjà avec Proximus et Base, nous aimerions aussi travailler avec Mobistar. Mais nous voudrions qu'ils libèrent un numéro de SMS très simple, 0000 ou 1234, par exemple, qui pourrait être utilisé dans toutes les campagnes SMS 2Mail. Idéalement, cela devrait d'ailleurs être le même numéro à travers toute l'Europe», explique-t-il. D'ici 2006, le but d'Eric Delfosse est aussi que ce numéro de SMS devienne gratuit et qu'on puisse y envoyer n'importe quelle requête. «Si pendant la journée, vous pensez à un plat que vous aimeriez manger ou à un groupe de musique, il vous suffira d'envoyer des SMS avec le mot-clé adéquat et le soir, vous aurez accès à toute l'information désirée au moment où vous consultez vos e-mails», dit-il.

Reste bien sûr à protéger les données personnelles qui circuleront. «Pour ce faire, nous comptons héberger la plate-forme auprès d'un tiers, sans doute la Fédération européenne de marketing direct, ce qui nous permettra de garantir aux utilisateurs de SMS 2Mail que leurs coordonnées seront toujours en sécurité», dit le patron d'AllisBlue, qui voit dans son «écosystème» la première véritable convergence entre GSM et Internet.

Reste aussi à obtenir définitivement ce fameux brevet. Ce qui n'est pas forcément gagné dans la mesure où la société AllisBlue est poursuivie en justice par un concurrent qui revendique la même invention.

© La Libre Belgique 2005