Dexia, cible possible pour Fortis

Le groupe Fortis est en pleine réflexion stratégique. Et un des scénarios possibles serait un rachat de Dexia. Cette information donnée mercredi par «Le Soir», qui ressuscite ainsi l'idée avortée de la «Grande Banque Belge», a eu un impact sur les marchés.

AvC
Dexia, cible possible pour Fortis
©Paul Millot

Le groupe Fortis est en pleine réflexion stratégique. Et un des scénarios possibles serait un rachat de Dexia. Cette information donnée mercredi par «Le Soir», qui ressuscite ainsi l'idée avortée de la «Grande Banque Belge», a eu un impact sur les marchés. Le titre Dexia a clôturé hier en hausse de 2,78pc avec un volume de plus de 4,8 millions de titres alors que les Bourses étaient en net recul.

Du côté des deux institutions, les commentaires ont été succincts. Chez Dexia, on dit n'avoir «aucune connaissance» d'une opération entre les deux groupes et qu'il n'y a «pas eu de contact avec Fortis à ce sujet».

Chez Fortis, on se refuse à faire le moindre commentaire.

D'après «Le Soir», une des motivations possibles serait liée à la frustration de voir Electrabel racheté par le groupe français Suez. L'idée serait de créer un grand groupe belge solide, avec une capitalisation boursière proche de 50 milliards et plusieurs actionnaires stables. Il y aurait des complémentarités: Fortis entrerait dans le métier du financement des collectivités locales. Il y aurait aussi des effets de taille (dans l'asset management).

Il reste que cette information laisse plus d'un observateur perplexe. Bertrand Veraghaenne, analyste chez Petercam Asset Management, n'y croit pas trop, pour plusieurs raisons.

Bain de sang social

Certes, il y aurait des synergies, mais elles seraient tellement importantes qu'elles paraissent «difficiles» à réaliser, dit-il. Un «bain de sang social» serait à craindre. Toutefois, les syndicats ne se sont pas montrés inquiets hier, estimant prématuré de réagir.

L'analyste se demande également si les services de la concurrence de la Commission européenne pourraient accepter un tel rapprochement. Le nouvel ensemble détiendrait, en Belgique, près de 50pc des dépôts, 35pc des fonds de placement et 35 à 40pc des crédits.

Et puis, même si cela peut paraître accessoire, il y aurait aussi un problème de personnes. Qui serait le patron? Le jeune Axel Miller (41 ans), président de Dexia en janvier 2006, serait-t-il prêt à céder sa place à Jean-Paul Votron, qui vient d'arriver à la tête de Fortis?

Certains observateurs se demandent aussi si les deux groupes sont mûrs pour une telle opération. Fortis doit encore récolter les fruits de la douloureuse fusion entre la Générale de Banque et la CGER.

Quant à Dexia, qui a aussi dû digérer le rachat d'Artesia, il a encore des progrès à faire en termes de synergies et de réduction de coûts.

Scénario prématuré

Et puis, il faudrait aussi voir dans quelle mesure les actionnaires belges de Dexia (Arco, Holding communal et Ethias ont près de 40pc) seraient favorables à un tel rapprochement. Eux qui doivent avoir la fibre sociale puisque Arco est proche du monde des mutuelles et des syndicats chrétiens et que le Holding communal et Ethias sont liés aux élus locaux.

Il faut dire que même «Le Soir» semble y croire à moitié. Le quotidien cite des sources proches du dossier qui ont estimé le «scénario extrêmement prématuré». Et d'ajouter «qu'il est de la responsabilité des managers d'étudier des scénarios. Quitte à ce qu'ils ne voient jamais le jour».

Au stade actuel, une seule chose semble donc être acquise: Fortis étudie différentes pistes, y compris celle d'une alliance avec une institution étrangère. De plus, lors de la dernière assemblée des actionnaires, le président du conseil Maurice Lippens avait fait comprendre que l'actionnariat très dispersé de Fortis était un «point d'attention» au conseil. A l'époque, il avait parlé de contacts avec des investisseurs institutionnels.

© La Libre Belgique 2005