«SAP et Oracle s'éloignent des clients»

En rachetant successivement PeopleSoft puis Siebel, l'éditeur américain Oracle a frappé un grand coup sur le marché des logiciels professionnels. En particulier dans le domaine du CRM («customer relationship management»), les programmes qui permettent aux entreprises de gérer leurs relations avec leurs clients.

MATHIEU VAN OVERSTRAETEN

ENTRETIEN

En rachetant successivement PeopleSoft puis Siebel, l'éditeur américain Oracle a frappé un grand coup sur le marché des logiciels professionnels. En particulier dans le domaine du CRM («customer relationship management»), les programmes qui permettent aux entreprises de gérer leurs relations avec leurs clients. C'est précisément sur ce marché qu'est active la société carolo Selligent. Son patron André Lejeune estime que le mouvement de concentration actuel n'est pas forcément une mauvaise chose pour ses affaires.

Le rachat de Siebel par Oracle constitue-t-il une menace ou une opportunité pour vous?

Je le vois comme une opportunité. Au moment du rachat de PeopleSoft, nous n'étions pas encore suffisamment armés pour tenter de récupérer des clients mais aujourd'hui, c'est différent. Nous avons d'ailleurs lancé un programme baptisé «Dinosaure» pour proposer à des clients Siebel de migrer vers des produits Selligent.

Vous allez pourtant devoir faire face à un géant...

Oui, c'est vrai, mais c'est une idée très américaine de penser qu'un seul acteur peut dominer tout un marché. Il est certain que SAP et Oracle représenteront peut-être 50 à 60 pc de ce marché, mais cela laisse tout de même une grosse part pour les plus petits acteurs tels que nous. D'autant plus que la course à la taille que se livrent SAP et Oracle les éloigne à mon avis des besoins réels de leurs clients. Cela joue en notre faveur dans la mesure où la proximité avec nos clients fait certainement partie de nos atouts. De même que l'évolutivité de nos logiciels, qui sont désormais entièrement basés sur des plateformes web.

Comme l'ensemble du secteur informatique, vous avez traversé quelques années difficiles. Le marché se porte-t-il mieux?

Oui, on retrouve un peu les sentiments des années 1998, 1999 et 2000. A la différence près que cela demande plus d'efforts pour réaliser le même chiffre d'affaires. Il reste un gros potentiel pour les logiciels CRM, mais les gens demandent d'abord à voir avant d'investir. Ils ne signent plus directement de gros contrats, comme par le passé, mais ils procèdent par phases: d'abord on installe le logiciel à l'échelle d'une division, puis à celle d'un pays et ce n'est qu'en dernier lieu qu'on commande éventuellement l'extension mondiale. Cela dit, il est clair que nous ne nous préoccupons plus seulement de rentabilité. Nous avons à nouveau des objectifs de croissance, comme en témoigne le recrutement de plusieurs personnes au niveau commercial. Dans les années à venir, nous comptons augmenter de 10 à 20pc notre chiffre d'affaires actuel de 9 millions d'euros.

Les entrées en Bourse semblent revenues à la mode. Est-ce que vous y songez?

L'actualité du moment montre qu'il est peut-être plus sage d'avoir le contrôle de son actionnariat. D'autant plus que nous sommes une entreprise rentable - nous tablons sur un bénéfice net de 400000 euros cette année -, avec une croissance raisonnable et maîtrisée, et que nos actionnaires nous soutiennent. Mais nous n'excluons pas d'éventuelles acquisitions. En France par exemple, nous avons très bien su nous implanter en rachetant un distributeur. Nous pourrions très bien faire la même chose ailleurs, en particulier en Europe centrale.

© La Libre Belgique 2005