Le coup de maître d'Airbus en Chine

Cent cinquante avions commerciaux, ce n'est pas rien, mais c'est surtout un chiffre à la mesure de la Chine, qui vient d'en passer commande à l'avionneur européen Airbus. La transaction, signée lundi à Paris lors de la visite du Premier ministre Wen Jiabao, porte sur le fer de lance du constructeur, la gamme A 319, A 320 et A 321.

Dominique Simonet
Le coup de maître d'Airbus en Chine
©AP

Cent cinquante avions commerciaux, ce n'est pas rien, mais c'est surtout un chiffre à la mesure de la Chine, qui vient d'en passer commande à l'avionneur européen Airbus. La transaction, signée lundi à Paris lors de la visite du Premier ministre Wen Jiabao, porte sur le fer de lance du constructeur, la gamme A 319, A 320 et A 321. Au prix catalogue, ce contrat d'achat représente environ 9,7 milliards de dollars (8,3 milliards d'euros). Compte tenu des ristournes appliquées à une telle commande, le montant est estimé à 6,5 milliards d'euros.

Cette excellente affaire vient mettre un peu de baume au coeur de l'avionneur européen qui, malgré les brillants débuts en vol de son paquebot A 380 et le lancement du programme de son long-courrier A 350, était à la traîne derrière son concurrent américain Boeing depuis le dernier trimestre 2004, tant en nombre de commandes qu'en montants des transactions. Fin octobre, la balance s'établissait à 494 appareils pour Airbus, contre 647 pour son rival américain. L'imposante commande chinoise réduit sensiblement le différentiel, ce qui laisse espérer à Gustav Humbert, président d'Airbus, un partage égal du marché des commandes d'ici la fin de l'année.

Cette opération est significative à plus d'un titre. Elle montre d'abord que le débat de l'aéronautique commerciale reste très actif autour des appareils de capacité moyenne, type A 320 (de 150 à 164 places) ou Boeing B 737. Ce dernier a opéré un retour en force cette année, et 70 appareils de ce type ont été acquis par la Chine le 10 novembre dernier, lors du voyage du président Bush à Pékin. Dans ce créneau qui n'est pas le plus lucratif, le marché est tracté par les compagnies à bas prix se développant tant au Moyen-Orient, toujours très dynamique, qu'en Chine et en Inde, devenus des marchés à forte croissance.

Du coup, les avionneurs déploient des efforts considérables dans cette conquête de l'Est. Pékin lie en effet l'ouverture de son immense marché à une coopération susceptible de soutenir le développement de sa propre industrie aéronautique par des transferts de technologies. Boeing sous-traite déjà en Chine de nombreux équipements pour ses modèles B 737, B 777 et B 787 Dreamliner, et en récolte déjà les fruits.

Airbus dans la danse

Airbus est entré dans la danse en promettant aux Chinois une participation de 5 pc dans le programme de l'A 350, son futur appareil de taille moyenne à long rayon d'action destiné à concurrencer le B 787. Sans grand succès pour l'heure, puisque la Chine n'est pas encore cliente de l'A 350, et n'a commandé que 5 très gros porteurs A 380, pour China Southern.

Allant plus loin encore, dimanche, à Toulouse, le numéro un d'Airbus, Gustav Humbert, et un haut responsable chinois ont signé un protocole d'accord prévoyant «la possibilité d'implanter en Chine une chaîne d'assemblage final pour les appareils monocouloir» de la famille A 320. Airbus a aussi dans ses projets de concéder à la Chine la technologie de fabrication de la voilure des mêmes A 320.

Ces transferts ne seront pas sans conséquences en Europe. En effet, les ailes d'A 320 sont fabriquées en Grande-Bretagne, avec une participation importante de l'industrie belge - Sonaca notamment - pour les becs mobiles de bords d'attaque. Par ailleurs, jusqu'où peut-on aller dans le transfert de technologies sans dévoiler ses petits secrets de fabrication essentiels pour faire face à la concurrence? En Chine, on sait ce que copier veut dire.

© La Libre Belgique 2005