Un beau bouquet pour un mariage de raison

Les titres TF 1, Bouygues et M 6 d'une part, Vivendi et Lagardère d'autre part, ont affiché lundi les plus belles progressions enregistrées à la Bourse de Paris. Les investisseurs accueillent positivement l'annonce dimanche soir de l'ouverture de négociations entre eux, «visant à aboutir à un accord industriel dans le domaine de la télévision payante», via «un éventuel rapprochement de TPS et du Groupe Canal+».

BERNARD DELATTRE

CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Les titres TF 1, Bouygues et M 6 d'une part, Vivendi et Lagardère d'autre part, ont affiché lundi les plus belles progressions enregistrées à la Bourse de Paris. Les investisseurs accueillent positivement l'annonce dimanche soir de l'ouverture de négociations entre eux, «visant à aboutir à un accord industriel dans le domaine de la télévision payante», via «un éventuel rapprochement de TPS et du Groupe Canal+».

Ces épousailles entre les deux grands bouquets satellitaires existants, si elles se réalisaient, mettraient fin à une incongruité très hexagonale. Dans aucun autre pays d'Europe, en effet, ne sont ainsi placés en situation de concurrence deux bouquets proposant globalement les mêmes services (quelque 150 chaînes thématiques de cinéma, de sport, de divertissement, d'information ou de musique) dans le même créneau (la télé payante par abonnement). Cette union serait même spectaculaire si l'on se souvient de la fréquence et de l'intensité des scènes de ménage ayant opposé ces deux futurs partenaires ces dernières années - des heurts qui les ont notamment poussés à investir chacun des dizaines de milliers d'euros de dépenses publicitaires dans l'espoir de séduire les abonnés de l'autre.

Le rapprochement unirait deux partenaires de force inégale: CanalSat (qui a pour actionnaires Vivendi et Lagardère) apporte un portefeuille de 3,2 millions d'abonnés dans la corbeille de la mariée, alors que TPS (propriété de TF 1 et de M 6, depuis que Suez s'en est désengagé) se contente de 1,6 million de clients. Mais chacune des deux parties a intérêt à l'union. En effet, le duel entre les deux bouquets a forcé Canal+ à dépenser des fortunes (600 millions l'an) pour acquérir les droits de retransmission des matches de football de la première division. La concurrence enterrée, l'avenir lui évitera de devoir réitérer des investissements aussi dispendieux. De son côté, TPS n'avait guère d'autre choix que l'armistice. Ce bouquet vivote depuis qu'il a été privé de l'exclusivité de la diffusion des chaînes publiques (en 2000) et de la Ligue 1 (cette saison). L'hémorragie de ses abonnés férus de football devenait même préoccupante.

Faire le tri dans les chaînes

Le mariage, en outre, permettra aux deux partenaires de mieux faire face à une nouvelle, redoutable et double concurrence. La télévision numérique terrestre (TNT) d'une part, qui concerne déjà un million de foyers et qui, en accroissant l'offre de chaînes gratuites notamment, amenuise l'attrait populaire pour les bouquets. La télé par Internet à haut débit d'autre part, qui permet un accès au satellite par une simple prise de téléphone et donc non plus par une encombrante antenne parabolique, et qui constitue dès lors une réelle concurrence pour les bouquets. A titre d'exemple, plus de la moitié des nouveaux abonnés actuels à TPS passent par la ligne de téléphone, l'opérateur téléphonique détenant donc désormais la maîtrise de l'abonnement et de la relation-client.

Le nouveau groupe, lourd de quelque 6 millions d'abonnés, pèsera à peu près le même poids que ses homologues européens, ce qui le mettra sur un relatif pied d'égalité dans les compétitions internationales pour l'achat de programmes. Mais en ce qui concerne les programmes précisément, ce mariage se traduira dans un premier temps par une restriction de l'offre. En effet, réunis, les deux bouquets totaliseront par exemple 19 chaînes jeunesse et 14 chaînes cinéma: vraisemblablement pas mal de doublons donc. Ce qui imposera tout un travail de sélection et de reprogrammation des chaînes.

© La Libre Belgique 2005