Elevons le débat, Monsieur Dollé!

PAR VINCENT SLITS

Entre Mittal et Arcelor, la bagarre risque, on l'a dit, de durer plusieurs mois. Mais au-delà de la bataille financière, c'est aussi à une guerre des mots et de la communication que se livrent les deux camps depuis vendredi, jour de l'annonce de l'OPA hostile de Mittal Steel sur le numéro deux mondial du secteur. Prenant pour l'un les allures d'une campagne de séduction menée tambour battant dans les différentes chancelleries européennes. Pour l'autre la forme d'une campagne de dénigrement de son rival indien, présenté sous un jour le plus défavorable possible. Seul l'objectif est commun: convaincre les actionnaires d'Arcelor. Car ce sont eux qui finalement feront pencher la balance dans un sens ou dans l'autre.

Une campagne de communication dont les premières sorties laissent à penser que tous les coups seront permis. Même ceux en dessous de la ceinture. A défaut de pouvoir en dire plus sur sa stratégie de défense et des moyens qui seront mis en oeuvre, Guy Dollé n'a pas fait dans la dentelle lundi. Utilisant la formule «Arcelor, c'est du parfum, Mittal de l'eau de Cologne», parlant «d'offre ridicule» consistant à payer les actionnaires en «monnaie de singe» ou caricaturant Mittal comme «une entreprise familiale, spécialisée dans le rachat à bas prix d'installations obsolètes», le patron d'Arcelor a donné l'impression de placer le débat davantage sur le terrain émotionnel - celui des slogans et des formules péjoratives - que sur celui des arguments de fond. Les politiques européens ne sont pas en reste parlant fréquemment de «prédateur indien».

Il est logique qu'Arcelor use comme son rival indien de l'arme de la communication pour faire valoir ses droits. Mais il serait bien inspiré d'abandonner rapidement un ton pour le moins condescendant. Sinon, il risque bien d'hypothéquer ses dernières chances...

© La Libre Belgique 2006