Grossir pour survivre

Le rapprochement de la banque française BNP Paribas et de l’italienne Banca nazionale del lavoro (BNL) pourrait inspirer d’autres banques européennes, soucieuses d’atteindre la taille critique pour ne pas se faire croquer, malgré la persistance d’obstacles aux fusions transfrontalières.

Grossir pour survivre
©NICOLAS DONCQ
AFP

Le rapprochement de la banque française BNP Paribas et de l’italienne Banca nazionale del lavoro (BNL) pourrait inspirer d’autres banques européennes, soucieuses d’atteindre la taille critique pour ne pas se faire croquer, malgré la persistance d’obstacles aux fusions transfrontalières.

Mais difficile de dire si le projet d’OPA amicale de BNP Paribas sur BNL créera une onde de choc en Europe. Les experts restent encore divisés quant à savoir si le mouvement de consolidation bancaire engagé en 2004 va ralentir ou s’accélérer dans les années à venir.

Les coûts importants d’une fusion et le risque qu’elle comporte sont de nature à «décourager plus d’une banque à s’aventurer au-delà de ses frontières », d’autant que les synergies qui en découlent ne compensent pas toujours les frais engagés, estime l’agence de notation internationale Standard and Poor’s dans sa dernière étude.

Au contraire, les analystes de la Société Générale tablent sur une «accélération » des fusions en Europe, en particulier dans les secteurs de l’assurance, de la banque et des télécoms.

Pour les banques, le contexte semble propice à de telles opérations. Elles regorgent de capitaux disponibles en raison du niveau historiquement bas du coût du risque (absence de créances douteuses), la tendance étant plutôt à la diminution, voire à la reprise de leurs provisions.

En outre, comme leurs parts de marché dans la banque de détail en France stagnent, les grandes banques françaises cherchent activement des relais de croissance hors de l’Hexagone. En 2005, elles ont multiplié les opérations ciblées dans des pays à fort potentiel de développement en Europe de l’Est, dans le bassin méditerranéen et en Chine.

L’Italie est précisément «un marché avec un potentiel de croissance important », indique BNP Paribas, avançant pour la période 2004-2007 des taux de croissance annuels de 6% pour le crédit à la consommation et de 13% pour le crédit à l’habitat, contre 3% et 7% en France et 2% et 2% en Allemagne.

Autre argument en faveur de la consolidation : la peur de se faire avaler par plus gros que soi. Après avoir absorbé en 2000 le Crédit commercial de France (CCF), le géant bancaire sino-britannique HSBC pourrait être tenté de s’emparer d’une banque française «bon marché » comme la Société Générale ou Dexia.

Vantant l’intérêt de l’opération pour les salariés de BNL, BNP Paribas écrit qu’elle est la «meilleure réponse possible face à la consolidation du secteur bancaire européen ». Sous-entendu : la meilleure protection face à d’éventuels prédateurs mal intentionnés.

Reste que la consolidation se heurte encore à de nombreux obstacles. «S’agissant des grandes opérations transfrontalières, les conditions à réunir sont très difficiles », relevait à l’automne Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas.

Selon une étude de la Commission européenne, le comportement des autorités nationales est souvent perçu par les établissements financiers comme un obstacle de poids à un rapprochement.

Allusion directe à l’intervention, jugée partiale et discriminatoire, de l’ex-gouverneur de la Banque d’Italie Antonio Fazio pour s’opposer à la prise de contrôle de banques italiennes par des rivales européennes.

«Face à la concurrence acharnée qui se développe au niveau mondial, nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir 25 marchés de taille moyenne constitués de champions de deuxième division », avait alors affirmé le commissaire européen au marché intérieur Charlie McCreevy.