Vers des fonds de pension éthiques

Investissement socialement responsable. Cette expression, qui désigne les placements financiers qui respectent des règles éthiques, a de plus en plus de succès. Hier, les parlementaires MR Didier Gosuin et Richard Miller ont annoncé le dépôt de propositions de décret et d'ordonnance pour obliger les Régions bruxelloise et wallonne à investir au moins 10pc de leurs fonds de pension dans des produits d'investissement socialement responsable (ISR).

Philippe Galloy

Investissement socialement responsable. Cette expression, qui désigne les placements financiers qui respectent des règles éthiques, a de plus en plus de succès, y compris dans le monde politique. Hier, les parlementaires MR Didier Gosuin et Richard Miller ont annoncé le dépôt de propositions de décret et d'ordonnance pour obliger les Régions bruxelloise et wallonne, ainsi que les communes qui les composent, à investir au moins 10pc de leurs fonds de pension dans des produits d'investissement socialement responsable (ISR).

«Nous réfléchissons depuis plusieurs mois à la problématique de la gestion des fonds de pension», explique Didier Gosuin, député régional bruxellois. «Ces actifs représentent des milliards d'euros. Or, on ne s'est jamais soucié de savoir où allait cet argent.» En effet, en pratique, l'opérateur financier gère le fonds à sa convenance, du moment que le rendement promis aux collectivités publiques est au rendez-vous.

Certains pays, comme l'Autriche, ont déjà légiféré pour imposer une gestion éthique des fonds de pension publics. D'autres placent volontairement ces fonds dans des produits d'ISR. Tel est le cas du fameux «fonds pétrole» norvégien, intégralement investi en produits éthiques. Ce fonds, ainsi dénommé parce qu'une taxe sur le pétrole l'alimente, s'élève à plus de 140 milliards d'euros.

Les parlementaires MR entendent aussi montrer le bon exemple (lire ci-contre). Mais pourquoi limiter l'obligation d'investir en ISR à 10pc des fonds de pension? «Parce que nous voulons éviter un débat stérile sur la rentabilité de ces fonds», dit Didier Gosuin, qui précise qu'il sera possible d'augmenter ce pourcentage à l'avenir et qui imagine même, à terme, des fonds intégralement investis en produits éthiques. C'est que l'ISR souffre toujours quelque peu d'idées préconçues sur son rendement. «Or, les avantages de ces investissements ne sont pas moindres que ceux des produits classiques», explique Richard Miller, député régional wallon. «Au contraire, des études réalisées au sein de notre Centre de recherches Jean Gol montrent qu'à long terme, l'ISR représente un véritable placement de bon père de famille.»

Et le problème de l'absence de définition légale de l'ISR? «Justement, nous avons choisi d'agir pour accélérer les réflexions à cet égard. Au lieu de rester les bras croisés en attendant qu'une définition voie le jour, nous prenons le pli de prévoir des mesures concrètes sur le terrain», expliquent les deux parlementaires.

Ils espèrent aussi profiter d'un effet d'entraînement. «Les institutions financières vont être obligées d'adapter leur offre en proposant des formules de placement en ISR, sans quoi elles seront hors du coup pour l'attribution de marchés publics financiers», précisent-ils. Ils espèrent aussi que cette dynamique favorable aux placements éthiques touchera également les particuliers, les banques cherchant à alimenter ces (futurs) fonds via d'autres sources.

© La Libre Belgique 2006

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