L'économie danoise garde le cap dans la tempête des caricatures

L’économie danoise, une des plus florissantes d’Europe, est certes suffisamment solide pour résister au boycott de ses produits dans les pays arabes, provoqué par l’affaire des caricatures de Mahomet, mais nombre d’entreprises en souffrent et tentent de le contourner.

AFP
L'économie danoise garde le cap dans la tempête des caricatures
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L’économie danoise, une des plus florissantes d’Europe, est certes suffisamment solide pour résister au boycott de ses produits dans les pays arabes, provoqué par l’affaire des caricatures de Mahomet, mais nombre d’entreprises en souffrent et tentent de le contourner.

Commentant pour la première fois cette affaire dans le quotidien financier Boersen de vendredi, le ministre danois des Finances Thor Pedersen a estimé que cette crise «ne constitue pas de menace contre l’économie danoise telle qu’elle est aujourd’hui ».

Il a souligné cependant qu’il ne savait pas comment la situation allait évoluer. «Je ne sais pas jusqu’à quand dureront ces turbulences. Cependant je suis convaincu qu’elles n’auront pas d’effet à long terme » sur l’économie, a-t-il dit.

Les exportations danoises vers les pays arabo-musulmans sont relativement modestes, estimées à environ 14 milliards de couronnes danoises (1,9 milliard d’euros), dont 8 milliards vers le Moyen-Orient, représentant ainsi au total quelque 3% des exportations totales du royaume scandinave en 2004, selon l’Institut national de la statistique.

Cependant ces chiffres n’incluent pas les productions danoises locales et les prestations de services comme les transports maritimes, les communications et les cabinets de consultants dans ces pays, qui généreraient des recettes d’environ 8 milliards par an.

Pour le chef-analyste de Danske Bank, premier groupe bancaire du pays, Steen Bocian, interrogé par l’AFP, «l’économie danoise est suffisamment robuste pour résister à un boycottage total des pays musulmans, avec des pertes de 10.000 postes de travail dans le pire des cas de figure ».

Jyske Bank a estimé de son côté le coût d’un boycott d’un an à 7,5 milliards de couronnes (1 milliard d’euros).

En pleine crise des caricatures, le groupe bancaire nordique Nordea a révisé de 0,8 point de pourcentage la croissance du Produit intérieur brut (PIB) danois en 2006 à 3,2%.

Toutefois certains secteurs sont plus exposés que d’autres au boycott.

«Le boycott frappe surtout les biens de consommation, alors que les biens destinés aux entreprises sont moins affectés », précise dans un communiqué, Henriette Stoeltoft, directrice chargée des marchés internationaux au sein de Danske Industri (DI), la Confédération des industries danoises.

Des entreprises tentent de contourner le boycott. Le label «made in Denmark » a été enlevé et remplacé par l’origine plus anonyme «Union européenne ».

Nombre de société danoises ont été obligées de passer par leurs filiales à l’étranger afin de continuer à vendre leurs produits sous une autre origine que danoise, selon DI, qui n’a pas voulu révéler leurs noms.

Ainsi Arla Foods, deuxième producteur européen de lait, sans doute le groupe danois le plus affecté par le boycottage, essaye de vendre son beurre dans des seaux de 25 kg sans afficher son nom.

Arla Foods vend pour plus de 3 milliards de couronnes danoises par an de produits laitiers au Moyen-Orient et perd actuellement 10 millions par jour, «soit une perte de 140 millions depuis le 28 janvier à ce jour » a déclaré Astrid Gade Nielsen, sa porte-parole à l’AFP.

Les exportations de poulets vers le Moyen-Orient sont également gelées. Elles représentent quelque 180 millions (24,16 millions d’euros) par an, soit environ 12% des exportations totales de ce secteur selon le directeur de Danish Poultrymeat Association.

L’association des armateurs danois a exhorté ses membres à enlever le drapeau danois en accostant dans les ports musulmans.

Les compagnies maritimes danoises réalisent 5% de leur chiffre d’affaires dans les pays musulmans, soit environ 7 milliards sur un total de 140 milliards par an.

Pour contrecarrer le boycott des campagnes de soutien «Buy Danish » ont été lancées par des sites internet, notamment américains, incitant à acheter de la bière Carlsberg, des jeux de Lego, ou des produits laitiers d’Arla Foods.