Suez uni à GDF: Frère se dit favorable

Le dossier Suez est en train de se clarifier. Alors que l'italien Enel n'avait toujours pas concrétisé son intérêt pour le groupe français, un conseil d'administration de Suez se tenait vendredi soir à Paris. Le sommaire de la Libre Entreprise

Ariane van Caloen
Suez uni à GDF: Frère se dit favorable
©Johanna de Tessières

Le dossier Suez est en train de se clarifier. Alors que l'italien Enel n'avait toujours pas concrétisé son intérêt pour le groupe français, un conseil d'administration de Suez se tenait vendredi soir à Paris. Convoqué en urgence, il devait avant tout se pencher sur l'idée d'une alliance entre Suez et Gaz de France (GDF) qui se précise. Vendredi, GBL, le premier actionnaire de Suez avec une participation de 7,3 pc, s'est dit favorable à un tel rapprochement.

«GBL exclut l'hypothèse d'une OPA hostile d'Enel sur Suez qui revêtirait un caractère financier sans vertu industrielle», souligne le communiqué du groupe belge présidé par Albert Frère.

«GBL se déclare par contre très favorable à un rapprochement avec Gaz de France qui créerait l'un des premiers groupes mondiaux dans le gaz, avec en particulier des positions de premier plan dans le LNG», le gaz naturel liquéfié, ajoute-t-il. «Le nouvel ensemble serait un groupe industriel majeur en Europe susceptible d'apporter une contribution tangible à l'avenir énergétique européen et constituerait un atout certain tant pour la France que pour la Belgique», poursuit le communiqué.

Vendredi matin, l'ancien ministre de l'Economie et membre du conseil d'administration de Suez, Edmond Alphandéry, a aussi déclaré qu'un rapprochement entre Suez et GDF serait «une très bonne solution».

René Caron, président du Crédit agricole et membre du conseil de Suez, a, lui, montré son opposition à une éventuelle OPA hostile d'Enel.

Même réaction des représentants du personnel de Suez, qui ont déclaré leur «hostilité absolue» à une offre inamicale de l'italien Enel et qui «soutiennent et privilégient» un renforcement des coopérations déjà engagées avec Gaz de France.

Ce projet d'alliance, qui ne date pas d'hier, permettrait donc de contrer une éventuelle offre émanant du premier producteur d'électricité en Italie.

Il apporte aussi une réponse à l'actuel mouvement de consolidation sur le marché européen de l'énergie, qui vient de se traduire par la contre-offre de l'allemand E.ON sur l'espagnol Endesa pour... 29,1 milliards d'euros.

Echange de participations

Dans un premier temps, il s'agirait d'un échange de participations entre les deux sociétés (Suez pèse un peu plus de 40 milliards d'euros, contre 20 milliards pour GDF). De cette manière, l'Etat français, qui détient à l'heure actuelle 80 pc du capital de GDF, deviendrait indirectement un actionnaire important de Suez. Il est d'ailleurs déjà présent via les participations de la Caisse des dépôts et consignation (2,8 pc) et d'Areva (2,2 pc).

Reste à voir quelle sera la réplique d'Enel. Selon un autre responsable proche du dossier, «le sentiment dominant, c'est qu'il se passera quelque chose lundi». D'aucuns parlent même de ce week-end...

De fait, le titre Suez continue à grimper. Il a progressé de 13,6 pc en une semaine. Vendredi, il a gagné 5,91 pc à 33,89 euros, son plus haut niveau en clôture depuis 2002. De son côté, GDF a gagné 4,2 pc à 29,80 euros.

© La Libre Belgique 2006


Une opération logique Pour Marc de Brouwer, analyste chez Petercam, la perspective d'une alliance entre Suez et Gaz de France était écrite de longue date. «On en parlait déjà en coulisse au moment de l'introduction en Bourse de Gaz de France en 2005, mais selon un scénario à long terme. On aurait vu une alliance se concrétiser dans les 5 ans, par exemple. Ici, il faut considérer la position de l'Etat français dans GDF, soit 70pc du capital. Que deviendrait-elle après la fusion? Elle se maintiendrait à une trentaine de pour-cent environ, ce qui n'est pas mal du tout. Au niveau de la fusion elle-même, GDF apporterait une structure financière presque trop bonne par rapport à celle tolérée pour une «utilities» comme Suez. De même, au plan industriel, la fusion s'inscrit dans la perspective de la convergence gaz-électricité. Et la France se retrouverait lourdement investie dans un champion national...» Ce qui ne serait pas pour déplaire à nos voisins? Mais il y a sans doute des obstacles techniques? «En effet, mais la législation française pourrait aisément être adaptée, et au plan de la concurrence, des cessions ou des opérations d'ingénierie financière pourraient effacer les obstacles.» Et la mixité industrielle du groupe? «Il y aurait un problème, mais certains actionnaires ont déjà évoqué le principe d'une scission des activités eau et électricité.» On imagine dès lors que la riposte aux avances d'Enel serait relativement aisée. (P.V.C.) © La Libre Belgique 2006