La Belgique suivra de près le procès des anciens dirigeants de Swissair

La nouvelle a fait, samedi, la «une» de toute la presse suisse. Dix-sept anciens dirigeants de Swissair devront répondre devant la justice de la faillite en octobre 2001 de la défunte compagnie suisse au cours d'un procès qui devrait avoir lieu avant la mi-2008. Après cette date, certains faits pourraient en effet être prescrits.

La Belgique suivra de près le procès des anciens dirigeants de Swissair
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VINCENT SLITS

ÉCLAIRAGE

La nouvelle a fait, samedi, la «une» de toute la presse suisse. Dix-sept anciens dirigeants de Swissair devront répondre devant la justice de la faillite en octobre 2001 de la défunte compagnie suisse au cours d'un procès qui devrait avoir lieu avant la mi-2008. Après cette date, certains faits pourraient en effet être prescrits.

1 Quelles sont les personnalités visées? Parmi les personnalités mises en cause, on retrouve les principales figures qui ont joué un rôle clé au sein de la compagnie nationale suisse lors des dernières années de son existence, soit au sein du management, soit au sein du conseil d'administration. Et notamment le dernier patron de la compagnie Mario Corti ou le très contesté Philippe Bruggisser, l'un de ses prédécesseurs, considéré par beaucoup d'observateurs comme le principal artisan de la ruineuse stratégie d'acquisition de Swissair à l'étranger (AOM-Air Liberté, LTU, LOT, etc.) et qui avait transformé celle que l'on appelait encore alors la «banque volante» en véritable gouffre financier.

Le monde de la finance suisse est également dans le viseur de la justice helvétique avec l'ex-patron du Crédit Suisse, Lukas Mühlemann, l'industriel Thomas Schmidheiny ou encore l'ancien banquier privé genevois Bénédict Hentsch, tous présents au conseil d'administration de Swissair.

2 Quels chefs d'accusation? La justice suisse a donc décidé de faire toute la lumière sur les responsabilités de la débâcle de son symbole national: quatre années d'instruction, un dossier de plus de 4 000 classeurs, une vingtaine de perquisitions, plus de 130 personnes interrogées...

Les dix-sept anciens dirigeants de Swissair sont poursuivis pour «gestion déloyale», «gestion fautive» et «faux dans les titres». Le procureur du canton de Zurich, Andreas Brunner, a relevé que ces responsables n'avaient pas agi comme des «criminels économiques voulant s'enrichir», mais comme des dirigeants «mus par le désir de sauver leur entreprise» ayant néanmoins commis des «actions déloyales» et «intentionnelles». Les prévenus, qui nient les faits qui leur sont reprochés, risquent des peines pouvant aller jusqu'à quatre ans de prison. Ce volet ne représente qu'une partie de la procédure pénale qui devrait être bouclée l'année prochaine avec l'analyse des bilans et des comptes de gestion.

3 Les réactions en Belgique? «Il est bien que la vérité sorte maintenant: la Swissair n'a pas été mise en faillite par la Sabena mais bien par elle-même», nous explique Ferdinand Chaffart, dernier président du conseil d'administration de la Sabena. Et d'ajouter: «Durant les années 90, le gouvernement belge a été bien content de vendre la Sabena à Swissair en partant du principe que cette dernière était opulente. Mais cette opulence n'était pas réelle et le conseil de Swissair s'est engagé dans des investissements qui dépassaient de loin les possibilités financières du groupe. C'est là le noeud du problème. Je suis content que l'on commence à mettre les responsabilités là où elles doivent être mises.»

De son côté, Raymond Langendries (CDH), qui présida la commission d'enquête parlementaire belge chargée de faire toute la lumière sur les circonstances de la faillite de la Sabena, se réjouit lui aussi des derniers développements judiciaires suisses: «Le travail de notre commission d'enquête avait démontré que la faillite de la Sabena était bien la conséquence d'une stratégie délibérée de la part de Swissair de vider la Sabena de sa substance. Swissair cherchait ainsi à se sauver elle-même. Il y a eu dans le chef des gestionnaires suisses des erreurs graves de gestion mais aussi des actes de gestion frauduleuse. Je n'avale toujours pas la commande de 34 Airbus alors que les besoins de la Sabena n'étaient pas ceux-là», explique-t-il, espérant que la justice belge fera preuve de la même détermination que son homologue suisse.

4 Quelles conséquences sur les actions judiciaires introduites en Belgique? L'impact de ce procès sur les actions introduites en Belgique reste à ce stade assez flou. Les autorités belges n'en suivront pas moins le déroulement du procès de très près. Car son issue pourrait influencer les actions introduites au pénal contre l'ex-Swissair et ses organes de gestion par le curateur de la Sabena et plus récemment par l'Etat belge. Le personnel de la Sabena avait aussi déposé plainte au pénal peu après la faillite. L'autre grande question: le coup d'accélérateur de la justice suisse va-t-il livrer de nouveaux éléments déterminants à la justice belge? Réponse dans les prochaines semaines.

© La Libre Belgique 2006