Les 118 français font peur à la Belgique

Les consommateurs belges vont-ils bientôt devoir composer de nouveaux numéros pour joindre les renseignements téléphoniques? L'exemple français -où le 12 vient d'être abandonné au profit d'une multitude de numéros commençant par 118 (lire ci-dessous)- semble en inspirer certains.

Les 118 français font peur à la Belgique
©Olivier Pirard
Mathieu Van Overstraeten

Les consommateurs belges vont-ils bientôt devoir composer de nouveaux numéros pour joindre les renseignements téléphoniques? L'exemple français -où le 12 vient d'être abandonné au profit d'une multitude de numéros commençant par 118 (lire ci-dessous)- semble en inspirer certains. En particulier l'IBPT, le régulateur du secteur, qui a lancé le 22 mars dernier une consultation sur l'opportunité de lancer ces fameux numéros 118 dans notre pays.

Les réponses à cette consultation sont attendues pour cette semaine. Celle de Belgacom, qui gère la quasi totalité du marché belge avec ses numéros 1207 (néerlandophone) et 1307 (francophone), est on ne peut plus claire. «Dans tous les pays qui sont passés aux 118, en particulier le Royaume-Uni et la France, l'introduction de ces numéros a eu des effets pervers majeurs, affirme Pascaline Dubois, la directrice de la division renseignements de Belgacom. Non seulement le prix par appel a eu tendance à augmenter mais en plus, la qualité de service a baissé et les consommateurs se sont retrouvés complètement perdus face à tous ces nouveaux numéros. Du coup, le volume total des appels a chuté de 30 à 40 pc, ce qui a entraîné une diminution du nombre d'emplois dans le secteur.»

Le 1307 moins connu

Pour éviter un tel scénario catastrophe, Belgacom préconise le maintien des numéros actuels, en soulignant qu'ils n'empêchent nullement la concurrence. «On parle d'ouvrir davantage le marché des renseignements téléphoniques, mais on oublie de préciser qu'il est libéralisé depuis janvier 1998, dit Pascaline Dubois. Avec ses numéros 1212 et 1313, la société EDA concurrence déjà nos 1207 et 1307 et j'ai appris qu'une autre société avait réservé le 1201 et le 1301. Rien n'empêche d'autres acteurs d'en faire de même à l'avenir: au total, il reste plus de 200 numéros disponibles dans la série des numéros de 1200 à 1499.»

Plus étonnant: EDA va dans le même sens. «En théorie, les numéros 118 paraissent être une bonne solution parce qu'ils ramènent tout le monde sur un pied d'égalité, mais l'exemple français montre que cela peut tourner à la débandade», dit son co-fondateur Alex Gaschard.

Chez EDA, on est donc également favorable au maintien du 1307 et du 1313, les concurrents intéressés étant libres de prendre le 1301, le 1302, etc. «La situation du marché belge n'est pas la même que celle du marché français, poursuit Alex Gaschard. Nous venons de recevoir les résultats d'une étude de notoriété qui montre que le 1207 et le 1307, qui ne sont pas des numéros mnémotechniques à la base, sont bien moins connus que le 12 en France ou que le 111 en Suisse, par exemple. Autrement dit, la concurrence est déjà largement possible en Belgique. Bien sûr, si on introduit les 118, nous arriverons sans doute plus facilement à 10 ou 15 pc de part de marché, mais à quoi cela nous servira-t-il si dans le même temps, le marché total s'effondre de 30 ou 40 pc?»

Une recommandation

Le chaos actuel en France a clairement insufflé le doute sur le bien-fondé de l'introduction de numéros 118 en Belgique. Même l'association de consommateurs Test Achats, généralement très prompte à dénoncer les positions dominantes de Belgacom, se montre embêtée et préfère ne pas s'exprimer sur la question pour l'instant.

Pour enfoncer le clou, les responsables de Belgacom précisent que le texte européen sur lequel s'est basé l'IBPT pour lancer sa consultation n'est pas une directive mais une recommandation. Autrement dit, ce n'est pas un texte contraignant, et il n'oblige donc pas les Etats membres à introduire des numéros 118. Au contraire, il reconnaît même que «des situations nationales particulières» peuvent justifier le maintien des numéros historiques.

La décision finale appartient à l'IBPT. Mais cela ne devrait pas être avant la rentrée, l'Institut devant d'abord faire une synthèse des différents avis avant de pouvoir trancher.

© La Libre Belgique 2006


40 millions d'appels par an Malgré la concurrence de l'internet, le marché belge des renseignements téléphoniques est stable. Depuis plusieurs années, il tourne autour des 40 millions d'appels par an, le prix de base étant d'1,12 € par appel. En 2005, le nombre d'appels nationaux traité par Belgacom s'est même élevé à 41,1 millions d'appels, un chiffre auquel il faut ajouter quelque 2 millions d'appels pour les renseignements internationaux. Pour l'instant, le seul concurrent de Belgacom est la petite société EDA (European Directory Assistance), dont la part de marché s'élève à moins de 5 pc. «Nous avons eu quelques soucis avec le 1212 en Flandre, qui était aussi le numéro du helpdesk de Proximus, mais notre objectif reste d'être un bon deuxième sur le marché belge. D'après nous, celui-ci a un potentiel de croissance jusqu'à 50 ou 55 millions d'appels par an», dit Alex Gaschard, un des cofondateurs d'EDA. Chez Belgacom, on pense que c'est avant tout le peu de moyens publicitaires dont dispose EDA qui freine sa progression. A noter que le marché belge -petit et multilingue- n'a jusqu'ici jamais intéressé les grands acteurs internationaux. Mais on parle de l'arrivée possible de Telegate.