Un homme, des bêtes

Le fondateur et patron du parc Paradisio est un entrepreneur qui s'est permis de rêver à la nature. Avec acharnement. Il va succéder, en octobre, à Henri Mestdagh à la tête de l'Union wallonne des entreprises.

Par ANNE MASSET

ERIC DOMB

Le fondateur et patron du parc Paradisio est un entrepreneur qui s'est permis de rêver à la nature. Avec acharnement. Il va succéder, en octobre, à Henri Mestdagh à la tête de l'Union wallonne des entreprises.

Rencontre

Il est passionné et a du mal à le cacher. D'ailleurs, pourquoi le ferait-il? Eric Domb s'est lancé dans une aventure incroyable un jour de novembre 1992. Il est, à l'époque, à la tête d'une société fiduciaire de conseil financier aux PME, une «sorte de médecin de famille pour le patron de PME esseulé». Sur les conseils d'un tiers, il va visiter à Brugelette en Hainaut, le Domaine de Cambron qui est à vendre. «C'est avec des pieds de plomb que je m'y suis rendu et cela a été le coup de foudre», se souvient-il. Reste à dénicher des investisseurs... D'autant qu'il est en balance avec une secte américaine qui veut y faire de la méditation transcendantale. Qu'il n'a aucune assurance d'obtenir un permis d'exploiter. Le site est classé, les monuments aussi. Au début de l'année suivante, il signe pour l'acquisition d'une propriété de 55 ha, d'un château et d'une abbaye cistercienne du XIIe siècle... Montant de la transaction: 2 millions d'euros. Et la galère commence.

Le but? Pas «un parc d'attractions, pas un zoo, même s'il y a des animaux sauvages, non, un parc d'animations où l'on donne aux animaux qui le peuplent un maximum de liberté». Certes, depuis toujours, Eric Domb a une prédisposition pour tout ce qui est vivant, éprouve une fascination «de dilettante» pour plantes et animaux, mais sans jamais imaginer un jour en faire son métier. Il s'inspire d'un jardin ornithologique du nord de l'Allemagne, s'adjoint, notamment, un scientifique qui y a travaillé et qui est spécialisé dans la reproduction de 900 espèces. «Moi, j'étais enthousiaste, incompétent mais sachant que je l'étais, voulant me concentrer sur l'aspect paysager et l'intégration architecturale. Mon seul mérite? Mon acharnement à survivre à cette première période qui fut extrêmement difficile.» Mais qu'il n'hésiterait pas à recommencer...

En mai 1994, quand le parc Paradisio ouvre ses portes, il est loin d'être prêt. Les travaux ont commencé en janvier seulement. Cette année-là, 160 000 visiteurs sont au rendez-vous. Pour 260 000 attendus. L'hiver arrive et avec lui, 2 millions de dépassement par rapport aux investissements, et un produit qui n'est pas fini...

L'équilibre est enfin atteint en 1998, Paradisio rentre en Bourse en 99, rachète une société versée dans les incentives et séminaires pour entreprises - «on pensait synergies, aujourd'hui, on est 50-50 dans Nikitra avec un groupe britannique spécialisé dans le domaine»-, et fait des bénéfices depuis cette année-là. Ils restent timides même s'ils augmentent chaque année.

Des 9 millions d'investissements au départ, on est aujourd'hui passé à plus de 40. Le parc (chiffre d'affaires 2005: 10,2 millions et 520 000 visiteurs), qui abrite une centaine d'équivalents temps plein, abrite plus de 4.000 espèces d'animaux, des oiseaux bien sûr (300 espèces pour 2.500 à 3.000 oiseaux), mais aussi des hippopotames, des lémuriens, des poissons -il a eu le culot de transformer le château «pourri par la mérule» en aquarium géant-, etc. «C'est la réconciliation des hommes avec une nature qui leur est intelligible. C'est une vision poétique et culturelle de la nature», s'enthousiasme celui qui a voulu réussir la symbiose entre le site, son aménagement paysager et les animaux. En profitant de l'occasion pour sensibiliser les visiteurs à certaines problématiques. Cette année, les investissements s'élèvent à 2,7 millions, liés à un projet d'hébergement de rapaces et au jardin chinois qui sera inauguré le 28 juin. Son préféré.

© La Libre Belgique 2006