Alcool et tabac, même combat?

Fumer tue, voit-on indiqué sur les paquets de cigarettes. Après le tabac, l'Europe va-t-elle s'en prendre à l'alcool? La Commission européenne a en tout cas commandé un rapport à l'Institut des études sur l'alcool, basé à Londres, qui vient d'être publié.

A.Ma. et M.Bu.
Alcool et tabac, même combat?
©Olivier Pirard

Fumer tue, voit-on indiqué sur les paquets de cigarettes. Après le tabac, l'Europe va-t-elle s'en prendre à l'alcool? La Commission européenne a en tout cas commandé un rapport à l'Institut des études sur l'alcool, basé à Londres, qui vient d'être publié. Celui-ci dresse un tableau de la consommation d'alcool dans les Etats membres, indiquant, entre autres, que l'alcool serait responsable de 195 000 morts par an dans l'Union. Selon ce rapport, bière, vin et autres spiritueux entraîneraient des coûts médicaux qui s'élèveraient pour les Etats membres à 22 milliards d'euros. De quoi évidemment inciter lesdits Etats à mettre le sujet sur la table.

Le rapport en question évalue aussi l'impact des politiques nationales en la matière, notamment l'alcool au volant, et se clôture sur une série de conclusions et de recommandations. Parmi celles-ci, celles touchant directement le consommateur, à savoir l'étiquetage: «Les contenants de boissons alcooliques devraient porter des avertissements déterminés par les autorités de la santé, décrivant les effets néfastes de l'alcool quand on conduit un véhicule ou que l'on travaille sur une machine, ainsi que pendant la grossesse, ou d'autres messages appropriés». On pense tout de suite à ce que l'on retrouve à l'heure actuelle sur les paquets de cigarettes... De plus, la bouteille et l'étiquetage ne devraient pas promouvoir un produit alcoolique «par des moyens qui seraient susceptibles de créer une impression erronée à propos de ses caractéristiques ou effets sur la santé».

Large éventail de mesures

«Ce n'est qu'un rapport parmi d'autres, tempère Martin Selmayr, un porte-parole de la Commission européenne. Il y aura d'autres éléments qui entreront en ligne de compte avant que nous décidions d'aller plus avant» dans la formulation ou non de règles sur l'alcool et la santé.

D'autres aspects, comme l'impact économique de la consommation d'alcool en Europe, seront pris en considération. Sachant que l'Europe réalise un quart de la production mondiale et plus de la moitié du seul vin.

Du côté du secteur, on s'inquiète. «Le rapport est lâché, indique Theo Vervloet, président de la Fédération des brasseurs belges. La Commission va faire une communication fin septembre et donner des recommandations aux Etats membres, proposant un large éventail de mesures qui peuvent être l'interdiction de la pub ou de la vente hors boutiques d'Etat par exemple. On attend une communication assez «soft» mais cela ne va pas s'arrêter là car la Commission pousse en ce sens sous l'influence scandinave.» Les brasseurs belges ont d'ores et déjà marqué leur opposition à une augmentation des droits d'accises minimales sur l'alcool. «Ce n'est pas en taxant davantage qu'on va résoudre le problème», déclare encore Théo Vervloet qui pointe l'amalgame entre la consommation de bière et l'abus d'alcool. Il invoque aussi la convention passée entre les brasseurs et le ministère belge de la Santé interdisant la pub envers les mineurs et les campagnes Bob dont ils sont partenaires.

La Sopexa, qui promeut les produits français à l'étranger, et donc le vin, avance que «si la première cigarette, déjà, est dangereuse, le vin, dans une certaine quantité, est bénéfique».

Enfin, le Crioc, le Centre de recherche et d'information des organisations de consommateurs, souligne pour sa part la tendance croissante à une consommation d'alcool excessive chez les jeunes. Prenant l'exemple du tabac et des indications sur les paquets de cigarettes, Ingrid Vanhaevre, du Crioc, conclut: «Sur une base scientifique, on ne peut pas dire que l'étiquetage a un effet direct sur la consommation mais c'est une politique à long terme et l'étiquetage en est un des éléments».

© La Libre Belgique 2006