Prisons privatisées?

L'évasion spectaculaire de 28 détenus de la prison de Termonde a relancé le débat sur l'état des prisons en Belgique. Personne ne conteste l'urgent besoin d'investissement dans le domaine. Mais, étant donné des marges budgétaires étroites en Belgique, cela se complique quand on parle de financement. Didier Reynders, en tant que ministre de tutelle de la Régie des bâtiments, a été amené à s'expliquer sur la question à la Chambre. Il a fait comprendre que la Régie des bâtiments n'a pas l'argent pour construire une nouvelle prison. D'où son idée d'un financement dit «alternatif» à l'instar de ce qui a été fait pour les palais de Justice de Gand et d'Anvers. Mais pour lui, il n'est pas question de confier au privé la gestion de la prison. Le ministre a aussi rappelé que le gouvernement a décidé de créer une sicafi afin, a-t-il dit, de rendre plus efficace la gestion des bâtiments publics. Il a même été question de mettre des prisons dans cette sicafi. Idée qui a, semble-t-il, été abandonnée. Ne nous leurrons pas: le premier objectif de cette sicafi, où l'on retrouvera essentiellement des bureaux utilisés par l'administration, est de réduire la dette belge. Cette opération doit en effet rapporter un peu plus de 500 millions d'euros. Toute la question est de savoir si l'Etat fera une bonne affaire. Car il restera locataire des bâtiments ou du moins d'une partie de ceux appartenant à la sicafi. L'astuce, c'est que les loyers n'apparaissent pas dans les chiffres de la dette... Le même raisonnement prévaut pour les prisons. Celles-ci seront toujours des biens d'utilité publique. Parler de privatisation n'a pas beaucoup de sens. Comme il est aussi trompeur de mettre en avant des montages financiers qui feraient croire à tort que cela n'a pas d'impact budgétaire.Ariane van Caloen

© La Libre Belgique 2006