L'Internet, ce sera quoi dans 10 ans ?

Internet dans dix ans, ce sera quoi ? C'est, en gros, la question posée à Brice Le Blevennec, un des gourous de l'Internet, sur les développements des technologies de l'information.

L'Internet, ce sera quoi dans 10 ans ?
©D.R.
Patrick Van Campenhout

Internet dans dix ans, ce sera quoi ? C'est, en gros, la question posée à Brice Le Blevennec, un des gourous de l'Internet, sur les développements des technologies de l'information. Modeste, mais prolixe, l'ancien cerveau de l'émission radio-télé-Internet Cybercafé 21, avoue qu'il ne fait lui-même que tenter de se faire une idée des possibilités technologiques sur base de ce qu'il voit aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Le marché belge, assure-t-il, a toujours deux ou trois ans de retard...

Mais en clair, que voit-il dans sa boule de cristal virtuelle ? "On vit dans un contexte où tous les nouveaux modèles médiatiques vivent et meurent très vite. C'est dans ce sens que j'ai créé cette société (Emakina) qui est faite de petits morceaux spécialisés chacuns dans une niche. Attention, c'est ce que j'imagine aujourd'hui, mais je me suis déjà planté il y a dix ans en estimant qu'Internet mourrait de son fouillis structurel... Cela étant, je vois un peu paradoxalement une évolution divergente des supports, et pas la convergence sur laquelle beaucoup s'accordent. Les "devices" comme les appareils photos ou les baladeurs, les GPS et les GSM se respécialisent. Les amateurs de photo ne veulent pas en prendre avec leur téléphone, et les GPS assortis d'agendas électroniques ne séduisent plus. Par contre, j'imagine - et le courant est déjà lancé - un accroissement des possibilités de connexion sans fil, partout et tout le temps. Les individus au travers de leurs appareils de communication seront connectés en permanence, entre eux, et à Internet...".

Jusque-là, on n'est jamais quedans la suite de ce qui s'observe actuellement... "Oui, mais il y a aussi l'émergence du "voice over IP", en cours même sur les portables (wimax), et, avec elle, la disparition d'une part énorme du marché des opérateurs télécoms. Il risque fort d'y avoir là l'origine d'une frénésie dans l'offre de services, qui va toucher l'ensemble des médias". Mais encore ? "On se dirige vers une économie de la consommation rapide des médias avec, à la clé, la disparition des DVD, de la télé telle qu'on la connaît actuellement, idem pour le cinéma et les même les jeux vidéo... Aujourd'hui déjà, on télécharge les films et les jeux, voyez le phénomène du jeu World of Warcraft ! On va réellement vers une dématérialisation complète".

Quid des supports traditionnels de l'information, les livres, les journaux ? "A terme, la réflexion pousse à imaginer un autre comportement des consommateurs d'information. Peut-on encore imaginer demain des lecteurs se déplaçant jusque dans une librairie pour acheter des informations imprimées sur une feuille de bois mort alors que tout est disponible dans la seconde chez eux ou sur un appareil portable ? Idem pour les bibliothèques. Encore une fois, n'est-il pas préférable d'offrir l'accès à un public le plus large possible à une information numérisée ? Si on avait, en France, consacré une part minime de l'investissement consenti pour la construction de la Grande Bibliothèque à la numérisation des oeuvres, on ne serait pas en train de se battre contre le projet de numérisation de Google ! Je ne dis pas qu'il faut tout brûler, mais que le but des créateurs est d'être lus par le plus grand nombre".

L'Internet, pas gratuit

Mais les internautes ne sont-ils pas habitués au gratuit, ce qui hypothéquerait l'avenir commercial de telles initiatives ? "L'Internet n'est pas gratuit : les connexions Internet payantes, c'est ce qui a sauvé Belgacom. Et puis, le contenu publié rapporte. Mais l'appropriation et la prolongation par les intermédiaires de toutes sortes, des droits sur des oeuvres dont les auteurs ont disparu, est un véritable crime contre l'humanité et les pauvres ." Pour Brice Le Blevennec, il faut une révolution dans le principe de rémunération des droits d'auteurs, avec un principe de licences personnalisées, modifiables au gré de l'auteur. Pour lui, c'est clair, l'humanité doit évoluer au rythme de la technologie. Faut-il pour autant baser la rentabilité tous les systèmes de diffusion de l'information sur la seule manne publicitaire ? "Non, la publicité est en croissance, mais cette croissance a une limite". Il va donc falloir se battre.

© La Libre Belgique 2006