Airbus : la Belgique elle aussi touchée

La nouvelle était dans l'air depuis plusieurs jours, elle a été officialisée hier en début de soirée : Christian Streiff, grand patron d'Airbus, a démissionné. Avec effet immédiat. Il est remplacé dans ses fonctions par Louis Gallois, co-président d'EADS. Les actionnaires privés d'EADS voulaient depuis plusieurs jours la tête de Streiff, jugé pas assez diplomate, même si Matignon aurait bien voulu figer la situation jusqu'aux prochaines élections présidentielles.

Vincent Slits

La nouvelle était dans l'air depuis plusieurs jours, elle a été officialisée hier en début de soirée : Christian Streiff, grand patron d'Airbus, a démissionné. Avec effet immédiat. Il est remplacé dans ses fonctions par Louis Gallois, co-président d'EADS. Les actionnaires privés d'EADS - l'Allemand Daimler Chrysler et le Français Lagardère - voulaient depuis plusieurs jours la tête de Streiff, jugé pas assez diplomate, même si Matignon aurait bien voulu figer la situation jusqu'aux prochaines élections présidentielles.

Ce jeu de chaises musicales intervient sur fond de crise chez Airbus, le géant européen étant confronté à des problèmes de production de son géant des airs, l'A380, source de retards de livraison chez les compagnies avec à la clé de très lourdes pénalités financières.

On le sait, Christian Streiff entendait appliquer une thérapie de choc à Airbus et réclamait les coudées franches pour restructurer l'entreprise en profondeur sans interférences politiques. Au menu : rationalisation de l'outil industriel en France et en Allemagne, recours accru à la sous-traitance et des économies de 5 milliards d'ici 2010 et de 2 milliards d'euros annuellement après 2010. Nom de code : "Power 8".

Même si Christian Streiff est maintenant parti, trois mois après son arrivée, ce plan de restructuration sera bien appliqué. Le manque à gagner global pour Airbus, en ce compris les pénalités financières, est estimé à plus de 6 milliards d'euros d'ici 2010.

Recul de 10 à 15 pc

Les déboires d'Airbus ont évidemment des conséquences sur les entreprises aéronautiques belges impliquées dans les programmes du géant européen. C'est le cas de la Sonaca (Gosselies), Asco Industries (Zaventem) et Eurair (Bruges), spécialisés dans la conception et la production de bords d'attaques mobiles des ailes et réunis depuis 1979 au sein de Belairbus qui a en charge la gestion des aspects commerciaux, financiers et administratifs des contrats passés avec Airbus. Trois entreprises belges qui dépendent en moyenne pour plus de 50 pc d'Airbus.

"Nous sommes un partenaire à risque d'Airbus. Nous amortissons nos investissements sur le nombre d'appareils et en cas d'échec commercial nous prenons le risque de ne pas être remboursés du montant de nos investissements. Nous subissons donc comme Airbus les conséquences des problèmes actuels mais à notre échelle évidemment. Pour 2006, nous anticipons un chiffre d'affaires en recul de 10 pc par rapport à ce qui était prévu initialement. Et pour 2007, le recul sera de 15 pc. Les choses devraient être rétablies à l'horizon 2010 où nous nous retrouverons la cadence prévue", explique Claude Bolette, directeur général de Belairbus qui précise que le chiffre d'affaires annuel est de l'ordre de 190 millions d'euros.

Et Claude Bolette ajoute : "Les problèmes d'Airbus, cela signifie pour Belairbus une rentrée de cash réduite, une activité elle aussi réduite et des frais financiers en hausse. Mais c'est en partie compensé par une augmentation de l'activité sur d'autres programmes existants d'Airbus comme l'A320, par exemple, dont la cadence de production est en progression ou un avion comme l'Embraer pour la Sonaca. La situation est néanmoins préoccupante et l'heure n'est plus du tout à l'euphorie même si nous restons confiants dans la capacité d'Airbus à produire des avions performants et répondant aux attentes du marché. Mais il faudra du temps..."

© La Libre Belgique 2006


Intégration Pour Claude Bolette, directeur général de Belairbus, les problèmes de production rencontrés sur l'A 380 témoignent "d'une organisation qui manque d'intégration industrielle entre les différentes usines du groupe et les différentes sociétés de composants", en particulier au niveau de la fabrication des harnais électriques. "Il y a eu des problèmes de cloisonnement entre les activités développées dans les différents pays. Les performances et la sécurité de l'A 380, eux, correspondent aux besoins du marché et la valeur du produit A 380 ne doit pas être remise en question", ajoute-t-il. Pour Claude Bolette, la réussite du projet A 350 sera décisive pour l'avenir d'Airbus."Son développement est un must pour Airbus. En cas d'échec de ce projet, il ne sera plus en mesure de concurrencer Boeing", précise-t-il encore. (V. S.)

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