Zeebrugge : un joyau à parfaire...

Dans le cadre de la fusion Suez-GDF, on parle beaucoup de Zeebrugge. Jean-Paul Pinon, directeur à la Creg, trace les enjeux du terminal GNL et du hub. Il juge certaines mesures nécessaires pour résister à une concurrence féroce.

ANALYSE ARIANE VAN CALOEN

Le groupe Suez ne rate jamais une occasion de présenter le terminal GNL (Gaz naturel liquéfié) de Zeebrugge comme un des joyaux du groupe. Dans le cadre des négociations avec la Commission européenne pour résoudre les problèmes de concurrence posés par le projet de fusion avec Gaz de France (GDF), il s'est d'ailleurs battu bec et ongles pour garder le contrôle de cette activité logée actuellement au sein de Fluxys LNG. Mais quel est l'enjeu de ce terminal, et comment se situe-t-il par rapport au hub de Zeebrugge ?

Le terminal GNL a été construit en 1987 dans le cadre de l'extension du port de Zeebrugge. Il est aussi équipé de réservoirs, qui sont comme des "superthermos", et d'installations pour la regazéification afin de pouvoir injecter le combustible sous forme gazeuse dans le réseau. Il permet à un méthanier de décharger sa cargaison de gaz naturel liquéfié (à -163°). Au 31 décembre 2005, le terminal représentait 347 millions d'euros au bilan de Fluxys LNG. Ce chiffre comprend une plus-value de réévaluation de 209 millions. Au terme des travaux qui sont en cours, les réservoirs pourront contenir jusqu'à trois cargaisons.

Jean-Paul Pinon, membre du comité de direction à la Creg (régulateur fédéral du marché belge de l'énergie), voit "avec satisfaction" la décision de doubler la capacité du terminal qui, à l'entendre, avait rencontré une "certaine opposition" en 2001 quand la Creg avait préconisé cette extension.

Ces investissements sont d'autant plus justifiés que l'idée est copiée par de nombreux concurrents en Europe : le terminal de Zeebrugge n'est plus le plus septentrional d'Europe depuis que les Britanniques en ont ouvert un dans l'embouchure de la Tamise.

"Aux Pays-Bas, les projets de construction se précisent aussi : deux terminaux dans le port de Rotterdam et un à Groningen. En France, on parle de trois nouveaux terminaux GNL, dont un à Dunkerque"

"Sous l'impulsion de la Creg, , Zeebrugge est le premier terminal à avoir développé un concept de commercialisation de la capacité du terminal sous forme de "slots" revendables sur le marché secondaire". Toutefois, jusqu'en 2006, toutes les capacités ont été achetées par Distrigaz, autre filiale de Suez spécialisée dans le négoce de gaz. Entre-temps, les portes se sont ouvertes. Lorsque les extensions du terminal seront opérationnelles, les capacités seront allouées à long terme à trois importateurs : Exxon Mobil + Qatar Gaz (50 pc), Distrigaz (30 pc) et Suez Global LNG (20 pc). Le terminal "boosté" permettra d'importer 9 milliards de m³ de gaz par an, ce qui en fait une importante porte d'accès au marché du gaz si on considère que la Belgique consomme annuellement 19 milliards de m³.

Lieu conventionnel

Autre élément clé des activités gazières à Zeebrugge : le hub-lieu où se réalisent les transactions sur le gaz, qui est géré par Huberator, une filiale de Fluxys.

Ce lieu conventionnel est situé à environ 5 km à vol d'oiseau du terminal GNL. Mais, à entendre Jean-Paul Pinon, tout n'est pas parfait. Loin de là. Un des problèmes majeurs : le manque de "liquidité". "Pour faciliter le commerce du gaz, il faut que le hub soit aisément accessible par de multiples acteurs. Dans son étude publiée en juillet 2006, la Creg explique que ce n'est pas suffisamment le cas", souligne Jean-Paul Pinon. "Zeebrugge perdra sa place de hub de référence pour le continent européen si des mesures ne sont pas prises d'urgence", prévient-il. Un dossier que la Creg a décidé de "prendre vigoureusement en main". Elle a d'ailleurs déjà forcé quelques changements : à partir du 1er janvier 2007, les différents acteurs du marché ne devront plus passer par Distrigaz pour accéder au hub. D'après Jean-Paul Pinon, d'autres mesures sont encore à prendre comme la redéfinition du hub de Zeebrugge afin d'"évoluer vers une zone spéciale de transport raccordée directement à tous les terminaux : l'Interconnector venant d'Angleterre, le terminal GNL, le Zeepipe venant des champs norvégiens et l'aiguillage "OKS" donnant accès à tout le réseau belge". Fluxys a déjà annoncé "une première étape dans la bonne direction", qui entrera en vigueur fin 2006, se réjouit Jean-Paul Pinon.

© La Libre Belgique 2006

Sur le même sujet