"Il faut casser le monopole de l'énergie nucléaire"

Philippe Bodson (notre photo), qui fut patron de Tractebel de 1989 à 1999, suit de près le débat sur le nucléaire relancé par la publication du document rédigé par la Commission Energie 2030. Il reconnaît que le nucléaire n'est pas une solution à terme, " mais il n'y a pas de solution sans le nucléaire", dit-il.

Ariane van Caloen

Philippe Bodson (notre photo), qui fut patron de Tractebel de 1989 à 1999, suit de près le débat sur le nucléaire relancé par la publication du document rédigé par la Commission Energie 2030.

Il reconnaît que le nucléaire n'est pas une solution à terme, "mais il n'y a pas de solution sans le nucléaire", dit-il. "Si demain, on abandonne le nucléaire, on va augmenter notre degré de dépendance", explique-t-il. Or, il est crucial d'assurer son indépendance vis-à-vis des pays producteurs de combustibles fossiles, en particulier les Russes qui "utilisent de plus en plus leurs atouts".

La politique énergétique doit, à ses yeux, répondre, à trois priorités. Primo, il faut garantir l'indépendance des Etats en terme d'approvisionnement. Deuxième priorité : les problèmes climatiques. Troisième priorité : le coût.

A partir de là, il tire une conclusion majeure qui remet en question le système en vigueur en Europe : "je suis intimement convaincu que la dérégulation européenne ne permet pas d'organiser la coexistence entre ces trois préoccupations", souligne-t-il. Or, au moment des discussions au niveau européen sur la libéralisation il y a plus de dix ans, il s'était montré un fervent défenseur du régime de concurrence. "Je reconnais que je me suis trompé", dit-il. Et aujourd'hui, il supporte la thèse défendue à l'époque par la France.

Celle-ci proposait la solution de l'acheteur unique. En Belgique, cela pourrait être Elia, le gestionnaire du réseau haute tension. Le gouvernement déciderait de la politique énergétique à suivre et donc de la proportion des différentes sources d'énergie (nucléaire, solaire, éolien...). C'est Elia qui serait chargé de mettre en oeuvre ce choix. Il mettrait ainsi en concurrence les différentes offres dans chaque catégorie d'énergie. Le prix payé par le consommateur serait la moyenne des différents coûts.

Car, pour le moment, le problème vient du fait que le nucléaire est de loin le meilleur marché. Des ressources comme l'éolien ou le solaire doivent être subsidiées pour être exploitables. "Il faut casser le monopole de l'énergie nucléaire", affirme Philippe Bodson.

Reste la question des ressources qui seront utilisées à long terme. Pour Philippe Bodson, les deux solutions d'avenir reposent sur "le solaire et la fusion nucléaire". Et il est persuadé que la technologie de la fusion progresse puisque le projet Iter a fait l'objet d'un accord au niveau mondial, que les partenaires du projet ont choisi le site de Cadarache en France et qu'on a réussi à produire la fusion dans un champ magnétique.

© La Libre Belgique 2006