Du carburant (un peu) vert

Le biodiesel a fait une apparition timide sur le marché belge il y a quelques semaines. Dans les mois à venir, il sera disponible dans plus de stations et contiendra davantage de colza. D'ici la fin de l'année, c'est le bioéthanol qui sera lancé. D'autres biocarburants sont en préparation.

Mathieu Van Overstraeten

Depuis le 23 novembre dernier, certains automobilistes belges roulent au biodiesel. Mais ils ne doivent pas être nombreux : pour l'instant, Total est la seule marque qui vend ce type de carburant en Belgique. Et encore, seulement dans quelques-unes de ses stations. Sans compter que le diesel "vert" proposé à l'heure actuelle par le pétrolier français est un mélange qui ne comprend que 1 pc de biodiesel à base de colza.

"Dans le courant de ce premier trimestre 2007, notre objectif est de faire passer ce pourcentage à 3 pc et de vendre ce diesel écologique dans toutes nos stations", promet Eddy De Beucker, le responsable marketing et communication de Total Belgique. "Et en 2008, si l'approvisionnement le permet, la part de biodiesel passera à 5 pc. Mais il convient déjà de dire qu'il s'agira d'un fameux défi pour les producteurs".

C'est bel et bien au niveau de la production que se situe le noeud du problème. Seule une des quatre entreprises agréées en octobre dernier par le gouvernement belge est aujourd'hui en mesure de fournir du biodiesel en quantités suffisantes. "D'après nos informations, les autres devraient être prêts en mars ou en avril mais en attendant, il y a clairement un manque de produits disponibles sur le marché", explique Gaëtan van de Werve, le secrétaire général de la Fédération pétrolière.

Pas du biodiesel pur

Est-ce à dire que les autres marques vont elles aussi se lancer une fois que la production de biodiesel sera plus importante ? Oui, répond-on notamment chez Esso, chez Jet, ou chez Octa Plus. Il faut dire que la vente de ce type de carburant permet non seulement aux pétroliers d'obtenir un remboursement d'une partie des droits d'accises sur le diesel - ce qui leur permet de compenser le surcoût lié à la fabrication de ce carburant "vert" - mais constitue également un argument marketing non négligeable à l'heure où les citoyens se soucient de plus en plus d'écologie.

Chez Total, on confirme que c'est bon pour l'image de marque, mais on précise que le fait d'être le premier à vendre du biodiesel en Belgique n'est pas sans risques. Exemple : certains fabricants de voitures mentionnent dans le clapet du réservoir qu'il n'est pas permis de faire le plein avec du biodiesel, ce qui a refroidi certains automobilistes. "En réalité, cette interdiction fait référence à l'utilisation de biodiesel pur, qui nécessite effectivement un véhicule adapté", dit le porte-parole du pétrolier. "Le mélange que nous vendons peut, lui, être utilisé par toutes les voitures". Y compris si on monte jusqu'à 5,75 pc en 2010, comme le prévoit l'Europe.

Après le biodiesel, la prochaine étape aura pour nom bioéthanol. Fabriqué à partir de froment, de betteraves et de maïs, celui-ci concernera les automobilistes qui roulent à l'essence puisque dès octobre 2007, il est prévu que ceux-ci puissent faire le plein à la pompe avec un mélange constitué d'essence et de 7 pc de bioéthanol. Au récent Salon de l'auto, le vice-Premier Didier Reynders (MR) rêvait même tout haut d'un mélange à 15 pc à l'horizon 2010.

Preuve supplémentaire de la réalité de la chose : l'investissement de 245 millions d'euros réalisé il y a quelques mois par la Raffinerie Tirlemontoise et sa maison-mère Südzucker dans la construction de BioWanze, une usine de production de bioéthanol située à Wanze, près de Huy. Celle-ci devrait non seulement créer une centaine d'emplois directs, mais elle constituera également un débouché nouveau pour des milliers d'agriculteurs.

D'autres pistes à l'étude

Les arguments politiques, économiques et environnementaux semblent donc clairement réunis pour doper la production et l'utilisation des biocarburants dans les années à venir, même si les surfaces cultivables en Belgique resteront bien sûr limitées dans la mesure où la production agricole énergétique ne peut pas prendre le pas sur la production alimentaire. Aujourd'hui déjà, le colza pour le biodiesel vient en grande partie des pays voisins.

Une chose est sûre : nous ne sommes qu'au tout début de l'histoire. Dans les laboratoires de recherche, on étudie en effet d'autres pistes que le colza ou les betteraves pour produire du biocarburant, que ce soient les résidus forestiers ou certains types de déchets ménagers, par exemple. Une des voies les plus prometteuses est notamment celle du "biomass to liquid" (BTL), un biodiesel obtenu par gazéification de bois, de paille ou de déchets végétaux.

© La Libre Belgique 2007