Londres, capitale de la finance islamique

Le gouvernement britannique va légiférer pour encourager le développement de la finance islamique au Royaume-Uni, une première en Europe. La finance islamique, conforme à la charia qui proscrit le principe de l'intérêt et interdit d'investir dans certains secteurs, est en plein développement depuis trois ans en Asie et au Proche-Orient, et pèse entre 300 et 500 milliards de dollars selon les estimations.

Londres, capitale de la finance islamique
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Le gouvernement britannique va légiférer pour encourager le développement de la finance islamique au Royaume-Uni, une première en Europe, a annoncé mardi le secrétaire au Trésor, Ed Balls, lors d'une conférence organisée sur le secteur à Londres.

La finance islamique, conforme à la charia qui proscrit le principe de l'intérêt et interdit d'investir dans certains secteurs, est en plein développement depuis trois ans en Asie et au Proche-Orient, et pèse entre 300 et 500 milliards de dollars selon les estimations.

"Nous serons le premier pays d'Europe à disposer d'un cadre juridique pour la finance islamique", a déclaré à l'AFP un porte-parole du Trésor. Le budget 2007/08, dévoilé en mars, comportera deux mesures autorisant l'émission et l'échange de "sukuks", ou obligations islamiques. Le land allemand de Saxe-Inhalt avait émis les premières "sukuks" en Europe en 2004. Il comportera par ailleurs des recommandations sur deux autres produits, la Musharaka dégressive (l'équivalent islamique d'un remboursement échelonné de prêt) et le Takaful (une forme de police d'assurance).

Enfin, la finance islamique sera désignée comme la priorité d'un groupe de travail établi par le Trésor. Il s'agit pour le Royaume-Uni de "s'assurer que le système fiscal et les régulations encourageront le développement des produits conformes à la charia", et de faire du Royaume-Uni "un centre mondial de la finance islamique", a expliqué M. Balls dans un discours à la conférence Euromoney Islamic Finance.

"C'est un exemple de collaboration des secteurs privé et public, afin de parvenir à concrétiser notre ambition partagée de faire de Londres le centre des marchés internationaux de la finance islamique", a-t-il ajouté.

La deuxième sourate du Coran proscrivant l'usure, le principe de la finance islamique est de rémunérer les investisseurs en contournant le paiement et la perception d'intérêts. Dans le cadre d'un "sukuk" par exemple, le souscripteur de l'obligation perçoit un revenu tiré de l'actif dans lequel son argent a été investi (puits de pétrole, mines, loyers immobiliers, etc.).

La Grande-Bretagne est déjà une tête de pont de la finance islamique en Europe: elle a autorisé dès 2004 la première banque de détail du secteur, l'Islamic Bank of Britain. Mais la Malaisie et le Proche-Orient (Dubaï, Bahreïn) concentrent l'essentiel de l'activité, les produits financiers islamiques servant de débouchés à l'afflux de pétrodollars depuis trois ans.