Des postes vacants plus longtemps

Bruno Van der Linden est économiste à l'Institut de recherches économiques et sociales (UCL).

ENTRETIEN VINCENT ROCOUR

Bruno Van der Linden est économiste à l'Institut de recherches économiques et sociales (UCL).

Comment peut-on expliquer qu'offre et demande se rencontrent parfois si difficilement ?

De manière générale, on constate que notre marché du travail est beaucoup plus éclaté que d'autres. Il y a une très grande hétérogénéité sur le plan géographique et sur le plan des qualifications. Cela peut expliquer qu'il n'y ait pas une rencontre automatique entre les offres et les demandes d'emploi. Dans ce contexte, il est logique que les postes d'emploi restent plus longtemps vacants en Belgique qu'ailleurs. Là où la chose devient préoccupante, c'est quand ces délais deviennent très importants.

On ne peut quand même pas attribuer cela uniquement à l'hétérogénéité du marché...

D'autres mécanismes, très nombreux, peuvent être mis en cause. Tout d'abord, il peut y avoir un gain financier insuffisant pour accepter un emploi. Cela renvoie à la protection sociale, mais aussi à des salaires qui peuvent parfois être bas dans certaines professions - on peut notamment penser à l'Horeca. Un certain nombre de facteurs non monétaires interviennent également : horaires de travail irréguliers, conditions de travail et d'hygiène pénibles, etc. Différentes réformes ont été mises en place pour lutter contre les pièges à l'emploi. Les gains à court terme lors d'une reprise de l'emploi ont augmenté. Certains partis continuent cependant à dire que le problème reste important.

Il y a aussi un certain nombre de métiers pour lesquels il y a un manque objectif de personnes qualifiées ou de personnes tout simplement attirées. Cela peut être dû à des images négatives. Cela peut aussi être dû au fait que les investissements dans l'enseignement technique et professionnel ont été dévalorisés pendant des années.

Est-ce l'échec des politiques d'activation du chômage ?

Pas sûr. Il faut en tout cas une analyse plus fouillée. S'il apparaît par exemple que le problème principal est effectivement celui des gains financiers, alors l'activation des chômeurs n'est pas en cause.

En Flandre, il y a des pénuries. Mais les Wallons rechignent à aller y travailler. Un problème de mobilité ?

Là, on touche à une question beaucoup plus vaste. On peut améliorer la mobilité des travailleurs grâce à des accords de coopération entre les différentes Régions. Mais ce n'est pas tout. On peut aussi demander si la régionalisation des transports publics n'a pas rendu la mobilité des personnes entre les trois Régions du pays plus compliquée. Il y a des lignes de communication qui ont été interrompues à la frontière linguistique. Il y a aussi la question du coût du logement qui peut être plus élevé dans des régions où précisément les offres d'emploi sont plus nombreuses. En d'autres mots, la question des fonctions critiques doit nous obliger à penser "large".

© La Libre Belgique 2007