Carrefour : une nouvelle direction ?

Le titre Carrefour, coté à la Bourse de Paris, a progressé lundi, tiré par des informations de presse sur un possible désengagement du premier actionnaire du groupe, la holding de la famille Halley, qui ouvrirait la voie à un éventuel rachat par un fonds, selon des sources de marché.

Carrefour : une nouvelle direction ?
©Bernard Demoulin

Le titre Carrefour, coté à la Bourse de Paris, a progressé lundi, tiré par des informations de presse sur un possible désengagement du premier actionnaire du groupe, la holding de la famille Halley, qui ouvrirait la voie à un éventuel rachat par un fonds, selon des sources de marché.

A la clôture des marchés, l'action Carrefour était en tête des hausses du Cac 40 et prenait 3,29 pc à 49,64 euros, dans un marché parisien en hausse de 0,46 pc. "Le titre grimpe sur des rumeurs selon lesquelles la famille Halley serait prête à céder sa participation à un fonds d'investissement [...] et espérerait en tirer 70 euros par action", a expliqué un vendeur d'actions d'une grande banque européenne.

Évolution du capital

"La Tribune" affirmait lundi que "la reprise du bloc de 13 pc de la famille Halley, valorisé aujourd'hui à 4,5 milliards d'euros, a bien été proposée sur le marché, à Londres comme à Paris", ce qui dope un cours très inférieur à son record historique de 96 euros, atteint fin 1999 après la fusion avec Promodès.

Selon le quotidien économique, le départ du codirigeant de Carrefour, le Belge Luc Vandevelde, évincé mardi dernier de la tête de la holding des Halley en raison de divergences sur les "objectifs stratégiques" du groupe de distribution, laisse en fait présager une" évolution du capital" de Carrefour.

Le président du conseil de surveillance de Carrefour "aurait demandé à un fonds de prendre la participation de la famille, mais le montant évoqué n'aurait pas été suffisant", ce qui lui a coûté la direction de la holding, a poursuivi le courtier interrogé par l'AFP.

Patrimoine immobilier

"La Tribune" évoque une possible offre par des fonds, intéressés par le patrimoine immobilier de Carrefour valorisé "autour de 26 milliards d'euros, soit 85 pc de la capitalisation du groupe", mais note qu'un rachat à 100 pc du groupe avoisinerait les 50 milliards d'euros, un morceau "lourd à avaler". "C'est un prix assez prohibitif pour une société qui a très peu de visibilité et dont la marge opérationnelle reste très faible", a renchéri Alice Lhabouz, gérante chez Meeschaert, qui juge "plus plausible une vente autour de 60 euros par action".

Le scénario d'une reprise par endettement ("leveraged buy-out" ou LBO) de Carrefour avait déjà été évoqué début février, lorsque trois fonds avaient fait connaître leur intérêt pour la troisième chaîne britannique Sainsbury.

Le numéro deux mondial de la distribution, dont le capital est très éclaté et coté en Bourse à hauteur de 85 pc, fait par ailleurs l'objet de rumeurs régulières de rachat par ses principaux concurrents, notamment l'Américain Wal-Mart et le Britannique Tesco. (AFP)


Perd-il la main? Luc Vandevelde (55 ans) a fait toute sa carrière dans le secteur de la distribution. Ce Limbourgeois d'origine a travaillé pendant vingt ans chez Kraft où il a mené à bien la fusion avec Jacobs Suchard. Il se serait bien vu à la tête de Carrefour au moment de la fusion avec Promodès. Mais c'est Daniel Bernard qui lui vole la vedette, ce dernier dirigeant le groupe français pendant une dizaine d'années. Pendant ce temps, le Belge, au style assez discret, est parti en Angleterre où il se retrouve à la tête de Marks & Spencer. Le grand public apprendra à le connaître au moment de la restructuration de la chaîne britannique. La presse britannique le dénommait d'ailleurs "Cool Hand Luc". Traduisez : Luc la main froide. Le patron belge avait décidé de supprimer 4 400 emplois en recentrant l'enseigne sur son marché domestique (dont d'ailleurs la fermeture des magasins en Belgique). Il y a environ trois ans, Carrefour fait appel à lui pour diriger le conseil d'administration à la place de Paul-Louis Halley, décédé dans un accident d'avion. Quant à Daniel Bernard, il a dû partir en raison des pertes de parts de marché. Ce qui ne l'empêchera pas d'empocher un joli chèque de 6 millions d'euros.