Le carry-trade, un jeu financier risqué

Le jeu financier à la mode ces derniers mois, c'est le "carry-trade". Le principe en est relativement simple, puisqu'il découle de l'observation des conditions économiques et de certains paramètres dans le monde entier. Qu'observe-t-on ? D'importantes différences de rendement des devises, liées aux différentiels de taux d'intérêt, et des valorisations relatives de ces devises, liées à ces niveaux de taux, et aux fondamentaux économiques. Comment "jouer" sur ces différences ? En empruntant dans une devise faible assortie d'un taux d'intérêt réduit, pour replacer les capitaux ainsi récoltés dans des actifs libellés dans une devise forte assortie de taux élevés, ou d'un rendement élevé. Exemple, et c'est ce qui s'est passé pendant des mois sur le marché des changes, les opérateurs ont emprunté en yen pour replacer en dollar. On comprend aisément le potentiel d'opérations de ce type. Mais, comme nous le rappelle Jean-Paul Gruslin (HDF Finance Belgique),

Patrick Van Campenhout

Le jeu financier à la mode ces derniers mois, c'est le "carry-trade". Le principe en est relativement simple, puisqu'il découle de l'observation des conditions économiques et de certains paramètres dans le monde entier. Qu'observe-t-on ? D'importantes différences de rendement des devises, liées aux différentiels de taux d'intérêt, et des valorisations relatives de ces devises, liées à ces niveaux de taux, et aux fondamentaux économiques. Comment "jouer" sur ces différences ? En empruntant dans une devise faible assortie d'un taux d'intérêt réduit, pour replacer les capitaux ainsi récoltés dans des actifs libellés dans une devise forte assortie de taux élevés, ou d'un rendement élevé. Exemple, et c'est ce qui s'est passé pendant des mois sur le marché des changes, les opérateurs ont emprunté en yen pour replacer en dollar. On comprend aisément le potentiel d'opérations de ce type. Mais, comme nous le rappelle Jean-Paul Gruslin (HDF Finance Belgique), "tout cela sonne bien si l'on fait abstraction du risque de change. En effet, si le spéculateur estime ce risque insignifiant pour les mois à venir, il lui suffit d'emprunter du yen en payant un taux d'intérêt proche de zéro pour-cent, et d'acheter du dollar plus rentable. Mieux, il peut acheter des actifs en dollar assortis d'un plus grand risque et donc d'un rendement encore plus élevé. Au terme de l'opération, il empoche la différence de taux". Tout le monde peut le faire ? "Non, parce qu'il y a un risque de change. Et, dans le cas de ces opérations de "portage" (carry) lorsque le risque augmente, les opérateurs dénouent leurs positions rapidement, ce qui a un impact sur la valorisation des devises, en l'occurrence, le yen". Les montants énormes empruntés en yen doivent être remboursés en effet au terme de ces opérations, ce qui force les opérateurs à racheter du yen... à n'importe quel prix. C'est là que les plus lents paient la note pour les autres. "Typiquement, ces investisseurs empruntent à trois mois puis reportent la clôture de l'opération de trimestre en trimestre. Et ici, pas question de se protéger d'un risque devise en procédant à une opération de couverture plus complexe. Cette opération coûte en fait le différentiel de taux. Et donc, le bénéfice potentiel."