Vingt-cinq ans de gaz algérien : une page est tournée

L'arrivée au terminal de Zeebrugge du gaz du Qatar coïncide avec la fin des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance d'Algérie.

P.Lo

L'arrivée au terminal de Zeebrugge du gaz du Qatar coïncide avec la fin des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance d'Algérie.

Pour rappel, en 1975, en pleine crise pétrolière, la Belgique décide de diversifier ses approvisionnements énergétiques. Liée aux Pays-Bas depuis 1966 (gisement de Slochteren), elle conclut un contrat avec la Sonatrach pour la fourniture globale de 100 milliards de m3 (contrat "take or pay"). Cinq milliards de mètres cubes seront acheminés par an. Il y en a théoriquement pour 20 ans...

La première livraison ne s'effectue pourtant qu'en novembre 1982 à bord du "Méthania". Pendant cinq années, vu que le terminal de Zeebrugge est en cours de construction, le GNL est déchargé au terminal de Montoir-de-Bretagne. Regazéifié en France, il est ensuite amené sur le marché belge par canalisations. Dès 1987, il est livré directement à Zeebrugge, par voie maritime, à l'aide du même Methania et du Mourad-Didouche, propriété d'une filiale de la Sonatrach. Une soixantaine de livraisons sont organisées par an, en rotations, l'Algérie assurant à l'époque quelque 20 pc de notre approvisionnement en gaz (le solde étant couvert par les Pays-Bas et, depuis 1986, par la Norvège).

Cinq milliards de m3 de gaz par an ? C'est sans compter sur les aléas de la conjoncture. Très vite après la signature du contrat, il apparaît que le terminal algérien d'Arzew ne permet pas de remplir les obligations contractuelles, ce qui explique l'énorme retard des premières fournitures. De plus, dès le démarrage effectif des livraisons de gaz algérien, celles-ci génèrent des surplus inquiétants. C'est que la demande en provenance des centrales électriques a été surestimée, que l'Allemagne, partie prenante au départ, refuse de coopérer, et que notre pays se voit contraint de renégocier avec le partenaire algérien. L'idée est de diviser l'approvisionnement par deux, autrement dit 2,5 milliards de m3 par an au lieu de 5. Jean-Pierre Pauwels, chef de cabinet de Willy Claes, ministre des Affaires économiques, et président de Distrigaz, se charge de cette mission à haut risque qui donnera lieu plus tard à un bras de fer (arbitrage international).

La question suscite un débat politique intense. Le ministre et son collaborateur sont taxés de légèreté. Un climat de suspicion entoure toute cette affaire et l'opposition se déchaîne. C'est l'époque du "Districlaes" et de commissions touchées dans le cadre d'un contrat pétrolier avec l'Arabie saoudite.

Jean-Pierre Pauwels, directeur honoraire à la Banque Nationale, ne garde pourtant "que de bons souvenirs" de cette époque. "Contrairement à ce qu'ont dit certains, le transport par voie maritime du GNL a été une réussite. Quant aux critiques à l'égard du ministre, elles ont été déplacées. L'arbitrage décidé par son successeur a coûté très cher et la Belgique a été battue à plates coutures. Il a fallu que M. Claes, revenu aux affaires, remette de l'ordre dans ce dossier", nous déclare-t-il. Après plus de trente années de collaboration avec l'Algérie, une page se tourne aujourd'hui. Et le porte-parole de Distrigaz, Thierry Rotsart, observe que le gaz algérien a été "un maillon essentiel pour l'approvisionnement du marché belge". Le contrat a finalement été rempli, en dépit des soubresauts. C'est ce que l'histoire retiendra.