"Tout bénéfice pour les actionnaires de la société rachetée"

Charlotte mikolajczak

Entretien

Selon Marco Becht, professeur de Finances à Ecares (ULB), ce n'est pas tant le pourquoi d'un tel mouvement de consolidation bancaire qui interpelle que le pourquoi si tard. On oublie, dit-il, que c'est en 1992 - déjà - que Jacques Delors, président de la Commission européenne, a déclaré que le but de créer un marché commun l'était aussi pour les services. Si les secteurs de la distribution (GIB-Carrefour, Mediamarkt-Metro...) et de la téléphonie mobile (Vodafone notamment) l'ont pris au mot, ceux banques et assurances ont plutôt tardé.

Voyez-vous une raison à ce retard ?

Je dirais que c'est un domaine plus sensible d'un point de vue national et politique. Comme l'énergie, les infrastructures ou encore les aéroports, par exemple. Et ce, même si en Belgique on est plutôt habitué à avoir une économie ouverte. Mais par rapport à la Suisse, comparable en termes de taille, les banques belges arrivent loin derrière. Une UBS est vue comme un "global player". A tel point qu'on ne sait plus qu'elle est suisse.

Pourquoi les banques cherchent-elles avec une telle opiniâtreté à se racheter ?

Tout simplement pour continuer à croître. Elles n'ont pas beaucoup d'alternatives pour s'assurer une expansion.

Au bénéfice de qui ? Des actionnaires ?

Beaucoup de recherches ont été effectuées en matière de fusions-acquisitions. En général, elles le sont au profit des actionnaires de la société rachetée. Le cas d'ABN Amro est exemplaire. Il faut dire que toutes les réglementations européennes ont les intérêts des actionnaires de la société cible en tête. Il est important pour elles de se préoccuper des minoritaires, de s'arranger pour que les offres ne soient pas inéquitables. Dans la foulée, ce sont tous les actionnaires qui sont défendus. A court terme, les actionnaires des sociétés acheteuses ne gagnent rien, voire perdent de l'argent. Les ventes se faisant au plus offrant, les acheteurs payent le maximum, voire un peu trop. Au risque que le meilleur prix ne soit pas la meilleure solution, les acheteurs n'ayant pas l'avenir de la société cible en tête. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'exception.

Et pour le personnel ?

C'est plus difficile à dire. Les statistiques en matière de consolidation évoquent toujours des pertes d'emplois, mais rien ne dit qu'ils n'auraient pas été perdus sans consolidation. Si des mesures de protection sont envisagées pour ABN Amro, quel sera son avenir ? Y aura-t-il amélioration ? Ou faillite de certains secteurs ? Impossible à dire. Peut-être le nouveau management aura-t-il plus de succès ? On ne sait pas. Les économistes pro marché jugent en tous les cas que ce ne peut être que le bon gestionnaire, celui qui peut payer plus, qui rachète le mauvais gestionnaire... Telle est la logique du marché.

Quant au choix de démanteler les activités d'ABN Amro, n'est-il pas dangereux pour la stabilité bancaire ?Il existe une contradiction entre concurrence et stabilité. Ce qui est bon pour l'un est... mauvais pour l'autre et vice-versa. L'important est d'atteindre l'équilibre. Sans oublier cependant que si ceux qui achètent décident de fermer telle société c'est qu'elle peut ne pas être performante et de réintégrer telle autre dans un partenariat c'est pour qu'elle se surpasse. La logique des restructurations n'est pas uniforme.