Gaz : surcoût de 76 à 118 euros par an

La hausse des tarifs du gaz (+13 à 21 pc en fonction du type de clientèle) et de l'électricité (+5 pc pour les professionnels) annoncée vendredi par Electrabel n'est pas une bonne nouvelle pour l'économie belge. C'est le message qu'ont fait passer hier quelques organisations patronales et syndicales. L'édito d'Ariane Van Caloen

Gaz : surcoût de 76 à 118 euros par an
©AP
AvC

La hausse des tarifs du gaz (+13 à 21 pc en fonction du type de clientèle) et de l'électricité (+5 pc pour les professionnels) annoncée vendredi par Electrabel n'est pas une bonne nouvelle pour l'économie belge. C'est le message qu'ont fait passer hier quelques organisations patronales et syndicales. La fédération Essenscia (ex-Fedichem), elle, n'a pas réagi, car elle ne voit pas très clair dans la décision d'Electrabel. "On veut d'abord en savoir plus", nous a expliqué Peter Claes, directeur général.

Statu quo à la concurrence

Test-Achats a calculé que l'impact sur le consommateur moyen (23 250 kWh/an) serait compris entre 76 et 118 euros selon l'ampleur de la hausse. L'association de consommateurs arrive aussi à la conclusion que les tarifs du fournisseur ECS (Electrabel Customer Solutions) ne seraient pas les plus intéressants, mais pas non plus les plus chers (voir tableau). Et tout laisse penser que cette situation pourrait perdurer puisque la concurrence ne semble pas vouloir réagir à la décision prise vendredi. "On n'a pas prévu de suivre cette augmentation sauf si les prix sur le marché venaient à flamber", explique Anne Grandjean, responsable de la communication chez SPE (maison-mère du fournisseur Luminus, principal concurrent d'ECS). Elle rappelle que Luminus a déjà augmenté ses prix de 3 à 7 pc en 2006.

De nombreux experts s'interrogent néanmoins sur les vraies raisons de la décision d'Electrabel, en particulier au niveau du gaz. Dans son communiqué envoyé vendredi en fin d'après-midi, l'opérateur belge a invoqué un alignement sur les prix de l'énergie sur les marchés internationaux. Or, ceux-ci ont eu tendance à baisser ces derniers mois. Que penser alors ?

Vente à perte ?

La rumeur circule selon laquelle l'opérateur belge se serait trompé dans sa nouvelle formule de calcul des prix du gaz appliquée à partir du 1er janvier 2007, au moment où le marché belge de l'énergie a été complètement libéralisé. D'où des prix trop bas qui devaient être réajustés vers le haut. Une explication rejetée par Electrabel. "On ne s'est pas trompé. Les nouvelles formules reflétaient les nouveaux contrats d'approvisionnement en gaz", explique Jean-Pascal Bouillon, porte-parole d'Electrabel. Et de rappeler que les prix actuels du gaz sur les marchés internationaux sont encore nettement plus élevés qu'en 2005.

Du côté de Test-Achats, on n'exclut pas un abus de position dominante. "Début 2007, ECS est devenu le fournisseur le moins cher. C'était bizarre", souligne Vincent Labarre, expert chez Test-Achats. Il se demande dès lors si Electrabel a eu un avantage en termes de contrats vis-à-vis de Distrigaz, les deux entreprises étant des filiales de Suez. Selon certains experts, une telle hypothèse paraît peu probable dans la mesure où la société Distrigaz est très surveillée par les autorités européennes de la concurrence.

Autre possibilité : Electrabel a vendu à perte pendant quelques mois pour attirer le maximum de clients. Ce qui ne lui pose pas de problème vu ses moyens. Une explication évidemment difficile à vérifier. A cet égard, le ministre de l'Energie Marc Verwilghen a annoncé qu'il envisageait de demander au Conseil de la concurrence de mener une enquête. Mais Vincent Labarre se montre sceptique. "Qu'est-ce que le Conseil a sorti en quinze ans ?", lâche-t-il.

Reste à voir si la hausse du prix du gaz et de l'électricité est annoncée à un moment opportun. Au vu de toutes les réactions négatives qu'elle suscite, elle risque de "laisser des traces dans la déclaration gouvernementale", estime un expert.

© La Libre Belgique 2007


Vingt pc de hausse déjà en 2006 ! Une étude statistique est réalisée chaque année par l'Observatoire français de l'énergie (1). Elle est basée sur les données fournies par Eurostat, conformément à la directive européenne n° 90-377 du 29 juin 1990 qui définit de manière précise les besoins de transparence exigés par la Commission européenne pour les prix au consommateur final industriel de gaz et d'électricité. Le dernier opuscule publié sur le site Internet de cet organe montre qu'en Europe, le Royaume-Uni reste le pays où le prix du gaz est le moins cher, que l'on tienne compte ou non de la fiscalité locale. "Le Danemark et la Suède restent de loin les plus chers", note l'étude arrêtée à juillet 2006. Et la tendance à moyen terme ? "Sur un an, la moyenne des prix dans l'Union européenne (des 25) est à la hausse d'environ 20 pc". On note évidemment des différences selon le type d'usage. "Usage industriel : les Pays-Bas restent le pays où le prix est le moins cher en prix hors taxes, l'Espagne et le Portugal deviennent les moins chers en prix taxes comprises. La Suède reste le pays le plus cher en prix nets devant l'Allemagne et le Royaume-Uni. L'Allemagne devient le pays le plus cher en prix taxes comprises, suivi par la Suède et l'Autriche". Les graphiques comparatifs sont éloquents : que ce soit en gaz à usage domestique ou industriel, les prix pratiqués en Belgique étaient l'été dernier conformes à la moyenne européenne (que l'on tienne compte du récent élargissement de l'UE ou non) établie par l'Observatoire français. Une analyse confortée par la lecture du document source de cette étude disponible sur le site d'Eurostat qui tend à montrer que le consommateur industriel belge est mieux placé que les ménages. Mais on paie nettement moins cher chez nous qu'en Autriche, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, en Suède et au Danemark (où le niveau des taxes est pratiquement égal à 100 pc du prix net).

Sur le même sujet