La Belgique manque cruellement d'informaticiens

Notre pays compte 14.000 emplois vacants dans le domaine de l'informatique. C'est ce que révèle une enquête de l'Agoria (Fédération de l'industrie technologique). Plus de 5.000 nouveaux postes ont été créés en un an. Mais personne pour les occuper! L'informatique attire de moins en moins les jeunes. En cause: une image caricaturale. Conséquence: les sociétés belges vont voir ailleurs. Colruyt est parti en Inde.

Fabrice Cecchi
La Belgique manque cruellement d'informaticiens
©D.R.

La Belgique n'en finit plus de pleurer après des informaticiens. Désormais, de grandes sociétés belges vont les chercher ailleurs. C'est le cas de Colruyt. Le distributeur a en effet créé en Inde une société de services informatiques afin de trouver la centaine d'informaticiens qu'il ne parvient pas à trouver chez nous. C'est en tout cas ce qu'il avance. Mais, effectivement, la pénurie est une réalité chez nous et elle n'est pas modeste. Une enquête de l'Agoria, la fédération belge de l'industrie technologique, révèle qu'en mai 2007 il y a avait près de 14.000 emplois vacants liés à l'informatique sur le marché belge! 14.000 fonctions à pourvoir, c'est énorme. Ceci dans notre société de plus en plus axée sur le service, où l'informatique pourvoit déjà du travail à plus de 140.000 personnes. L'informatique est donc un des plus importants pourvoyeur d'emploi dans notre pays. Rien que sur la dernière année (entre mai 2006 et 2007), marquée par une très bonne conjoncture, ce domaine a généré 5.000 postes de travail en plus. Qui dit mieux?

Des milliers de nouveaux postes mais personne pour les occuper! C'est que, alors que l'offre des entreprises grimpent, la demande baisse: de moins en moins de jeunes se lancent dans des études liées à l'informatique, une tendance observées depuis cinq ou dix ans.

Selon Christian Vanhuffel d'Agoria, la raison de cette désaffection est principalement à chercher dans la perception négative et caricaturale qui colle job d'informaticien. Celui-ci continue à être vu comme austère et isolé. Bref, l'image habituelle du gars bigleux rivé sur son écran. Or, rien n'est plus faus, la profession a bien changé. "L'informaticien n'existe pas" affirme Christian Vanhuffel qui s'explique: "Dans les métiers médicaux, il y a le spécialiste chirurgien, l'infirmière,... C'est pareil dans l'informatique, ce domaine recouvre un large panel de fonctions possibles qui réclame des connaissances et aptitudes variées bien au-delà de celles que le grand public imagine".

C'est donc là que l'effort est à faire: améliorer l'image de la professions auprès des jeunes. Des initiatives sont en cours dans ce sens auprès des universités et écoles supérieures. Autre voie: la formation. Le Forem devrait inviter à des formations les demandeurs d'emploi possédant des notions d'informatique.

Mais que faire à court-terme? Colruyt a répondu à sa manière. D'autres grands noms belges, notamment des banques, en ont fait de même en créant des sociétés en Inde ou dans les pays de l'Est.

Les syndicats grincent. Pour eux, la pénurie a bon dos et permet aux directions de réduire leurs coûts salariaux. Mais côté Colruyt, tout en admettant que le sujet est sensible, on rétorque qu'il n'y a aucune perte d'emplois en Belgique.

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