Le plomb toxique pour le QI

En Belgique, deux types de défaillances ont été constatées: l'une est liée au détachement d'aimants; l'autre à un taux inacceptable de plomb dans la peinture, un problème auquel l'enfant est encore sensible, comme nous l'explique le Pr Alfred Bernard, de l'Unité de Toxicologie Industrielle et Médecine du Travail, de l'UCL.

laurence dardenne

entretien

En Belgique, deux types de défaillances ont été constatées: l'une est liée au détachement d'aimants; l'autre à un taux inacceptable de plomb dans la peinture, un problème auquel l'enfant est encore sensible, comme nous l'explique le Pr Alfred Bernard, de l'Unité de Toxicologie Industrielle et Médecine du Travail, de l'UCL.

Quels sont les risques pour la santé de l'enfant ?

En absorbant de la peinture au plomb, que ce soit en portant ces jouets à la bouche ou en grattant la peinture des murs des maisons anciennes, l'enfant court un risque de saturnisme. Il peut éventuellement survenir un risque d'intoxication de type chronique ou subaigu si les quantités de plomb sont vraiment importantes.

Pourquoi le jeune enfant est-il plus vulnérable ?

En raison de son comportement, d'une part. La pratique à risque est le pica (NdlR : trouble du comportement alimentaire caractérisé par l'ingestion durable de substances non nutritives comme de la terre, de la, craie, du sable, des écailles de peinture...). Les jeunes enfants en-dessous de cinq ans ont tendance à sucer des jouets et à ingérer des éléments non comestibles. On peut donc facilement avoir une surexposition. En outre, les enfants en bas âge absorbent plus de plomb que l'adulte au niveau gastro-intestinal. L'absorption est de l'ordre de 50 pc chez les premiers contre seulement 5 à 10 pc chez les seconds. L'enfant ayant un besoin important en calcium, le plomb suit la voie d'absorption du calcium. Enfin, l'enfant est particulièrement sensible pour des raisons de développement du système nerveux central. Toute interférence à ce niveau peut avoir des séquelles irréversibles.

Quelles sont les normes d'application ?

La norme d'application adoptée par l'Organisation mondiale de la Santé aux Etats-Unis, comme en Europe, est de 100 microgrammes par litre de sang, qu'il s'agisse de l'environnement, de l'alimentation, de jouets... On vise à ce que moins de 2 pc de la population ne dépassent ce seuil.

Comment se traduisent les effets ?

A partir de 100 µg/L, cela se traduit par une baisse du quotient intellectuel de 1 à 3 points. Au-delà de 250 µg/L, on voit apparaître les premières manifestations pouvant déboucher sur de l'anémie. À 800 µg/L, on court des risques d'encéphalopathie mortelle.

Existe-t-il encore chez nous des sources d'exposition au plomb ?

Les seuls qui restent sont les vieilles habitations d'avant les années 50-60 où l'on a utilisé des peintures à base de plomb. Mais les surexpositions restent rarement significatives sur un plan clinique.