Sabam/Scarlet : débat tronqué ?

Je voudrais répondre brièvement à quelques-unes des observations énoncées par le professeur Vincent Ginsburgh (ULB) dans "LLE" du 11 août 2007 ("Scarlet contre Sabam").

Christophe DEPRETER

Je voudrais répondre brièvement à quelques-unes des observations énoncées par le professeur Vincent Ginsburgh (ULB) dans "LLE" du 11 août 2007 ("Scarlet contre Sabam").

1. Vous faites une double confusion : d'une part, entre l'industrie du disque et les auteurs-compositeurs et, d'autre part, entre les artistes-interprètes et les auteurs-compositeurs. Or, tout débat sérieux ne peut faire l'économie de ces distinctions. Artistes-interprètes, auteurs-compositeurs et industrie ont parfois des intérêts identiques, parfois connexes, parfois totalement opposés.

2. Vous faites référence à "un grand nombre d'études indépendantes de l'industrie du disque" sans les mentionner. Ceci contraste étrangement avec votre souci d'informer correctement les artistes et le grand public de l'impérieuse nécessité de fuir les affres de la gestion collective. N'est-ce pas un peu léger ?

3. Vous sélectionnez un échantillonnage de 35 artistes importants, sans égard pour la population de référence, pour en tirer comme conclusion que "les enregistrements représentent en moyenne 10 pc du revenu d'un artiste". Or, il y a des millions d'artistes, et la majorité d'entre eux ne sont pas "importants". Avec cette méthode-là, on fait dire n'importe quoi aux chiffres.

4. Pour un article de votre éminente plume, qui se fait comme l'écho de certaines protestations virulentes sur le net, combien de lettres de remerciement, et d'encouragement de nombreux auteurs et compositeurs, le plus souvent méconnus du grand public, qui nous sont gré d'enfin avoir pris leur protection à bras-le-corps ! Certains vont jusqu'à nous demander pourquoi nous avons attendu tellement longtemps avant d'agir. Il est donc vrai, une fois de plus, que l'image dépend du côté par lequel on tient la longue-vue.

5. La Sabam n'a pas agi pour endiguer les pertes de l'industrie du disque, mais celles de ses auteurs à qui elle reverse l'entièreté de droits perçus après une déduction qui s'établit autour d'une moyenne de 9 pc. Le pauvre musicien qui prétend qu'il n'aurait retouché que 40 pc à 50 pc (40 ou 50 ?) des droits d'auteur qu'il avait été contraint d'avancer oublie probablement qu'il n'était auteur-compositeur que de 40 à 50 pc du répertoire interprété (et, donc, les 50 à 60 pc prétendument disparus avaient été payés aux autres auteurs-compositeurs).

Si vous nous donnez les références de cet artiste, nous vérifierons son décompte...

6. Il n'est pas nécessaire "d'échapper aux sociétés d'auteurs" puisque nous ne sommes pas des monopoles d'Etat auxquels les auteurs sont obligés de s'affilier.

7. Le copyright dont vous parlez, et que nous appelons plus volontiers droit d'auteur, est avant tout une loi. Elle doit s'appliquer et nous l'appliquons. Libre à ceux qui ne veulent pas en bénéficier d'y renoncer. Mais ce choix et cette liberté doivent être maintenus, que l'artiste s'appelle Bowie, Arctic Monkeys ou Jean que vous ne connaissez pas.

C'est la raison pour laquelle la Sabam a diligenté l'action qui suscite votre article. Nous sommes nombreux à nous étonner qu'un professeur d'université occulte la distinction qu'il y a entre l'existence d'une norme et la protection qu'un citoyen peut en retirer.

8. La rémunération d'un concert est contrôlée par l'artiste lorsqu'il s'agit d'une grosse pointure, mais le plus souvent, contrairement à ce que vous affirmez, par d'autres acteurs : maisons de disques, tourneurs, organisateurs.

Et sachez-le, pour la toute grande majorité de nos groupes belges, les concerts ne leur permettront pas de nourrir une famille; tout comme d'ailleurs le soi-disant regain de réputation qu'un téléchargement illégal leur procurera.

9. Il peut être à craindre que la suppression des fichiers illégaux sur le net suscite un intérêt un petit peu moindre pour ce média. Il est donc logique que certains craignent à leur tour une perte de revenus. Vous n'en faites pas mention.

Sans doute que, dans le chef des grands opérateurs, dont la taille ramène la Sabam, ses membres, leurs droits, leurs rémunérations, leur réputation et leurs familles à des proportions lilliputiennes, cette crainte vous semble légitime. D'où vient donc cette différence de traitement ?

10. Il est normal que l'affaire Sabam/Scarlet suscite des réactions.

Ce qui l'est beaucoup moins, c'est votre tentative d'influencer l'opinion publique au départ d'arguments non vérifiés, voire tronqués. A quand un vrai débat ?