Suez-GDF : le compte à rebours

Selon la presse française, la fusion entre les deux sociétés sera annoncée lundi. Mestrallet mène depuis jeudi des discussions avancées avec l'Elysée. Les négociations portent sur l'avenir du pôle environnement de Suez. Edito: Suez: Quand la politique s'en mêle

AvC
Suez-GDF : le compte à rebours
©AP

Le dénouement du laborieux projet de fusion entre Suez et Gaz de France, annoncé il y a maintenant 18 mois, est peut-être proche. D'après le site Internet du magazine français "Le Point", qui ne cite pas ses sources, la fusion "sera officiellement annoncée, lundi, par le gouvernement". On se dirigerait vers une solution où Suez vendrait une part de sa participation dans son pôle environnement afin de rendre possible un mariage entre deux groupes énergétiques. L'Etat français serait actionnaire à environ 34 pc du nouvel ensemble.

Interrogés, les services de la présidence de la République française ont répondu qu'ils ne faisaient "pas de commentaires" à ce sujet. Tout comme les services de presse de Gaz de France et de Suez.

Selon "La Tribune.fr", "il reste encore quelques modalités financières à régler mais sur le fond, la fusion est bouclée". Le pdg de Suez, Gérard Mestrallet, "mène depuis hier, avec l'aval de son conseil d'administration, des discussions avancées avec l'Elysée pour que la fusion entre son groupe et GDF aboutisse".

Dividende exceptionnel

Tout laisse donc penser qu'il s'est résigné à lâcher du lest à propos du pôle environnement. Il aurait proposé à M. Sarkozy une cotation partielle de ce pôle dans une lettre transmise à la présidence le 21 août, selon une source proche du dossier.

Le patron de Suez a toujours défendu bec et ongles le modèle du multiservice au nom des synergies entre les métiers de l'énergie et de l'environnement (eau et propreté) en particulier dans les pays étrangers. Depuis dix ans, il répète son credo dans cette stratégie pourtant remise en cause notamment par certains analystes.

Il n'a pas eu d'autre choix que de revoir sa position suite à la sortie de Nicolas Sarkozy à l'université d'été du Medef, qui s'est ainsi, pour la première fois, officiellement exprimé sur le sujet depuis son élection. Jeudi, devant le patronat français, le Président de la République a plaidé pour la constitution d'un grand groupe de gaz et d'électricité à la dimension du marché européen dont l'Etat français sera l'actionnaire. "Cela suppose que Suez fasse un choix stratégique en se spécialisant dans l'énergie. Il appartient maintenant à ses actionnaires d'en décider", a-t-il dit.

On sait que la parité d'échange annoncée en février 2006 (1 action Suez pour 1 action GDF) ne satisfaisait pas les actionnaires de Suez.

Mais d'un autre côté, cette parité permettait à l'Etat français de garder plus de 33 pc dans le capital du nouvel ensemble. Est alors venue l'idée de distribuer préalablement un dividende exceptionnel de plusieurs euros aux actionnaires de Suez. Les liquidités nécessaires pour ce dividende exceptionnel pourraient provenir de la vente d'une participation dans le pôle environnement.

Et Albert Frère ?

Mais qu'en pensent les actionnaires de Suez, à commencer par Albert Frère qui détient 9,5 pc du capital (via GBL) ?

Il se raconte qu'il a dîné avec Nicolas Sarkozy cette semaine. Un conseil d'administration de Suez est prévu ce week-end.

En attendant, les marchés se montrent, eux, enthousiastes. L'action Suez, qui avait déjà gagné 5,3 pc jeudi, a encore gagné 1,53 pc vendredi. "Ce serait complètement déraisonnable de compromettre la fusion", écrit Steven De Proost, analyste chez Dexia. Celui-ci pense que si Mestrallet faisait ce choix pour sauver l'environnement, le groupe redeviendrait une proie pour les prédateurs qui, eux, n'hésiteraient pas à céder les activités environnement.

(avec AFP, Reuters)

© La Libre Belgique 2007